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Etudes économiques

Perspectives économiques Amérique latine et Caraïbes – Octobre 2026

L’Amérique latine et les Caraïbes évoluent dans un environnement mondial plus difficile. Toutefois, la solidité de leurs institutions, la dynamique des réformes et la résilience de leurs économies permettent à la ...
2 Oct 2026

Une résilience mise à l’épreuve par les pressions extérieures et intérieures

L’Amérique latine et les Caraïbes (ALC) font une nouvelle fois preuve d’une résilience notable dans un environnement mondial difficile. La croissance économique reste modérée par rapport à celle des autres marchés émergents (graphique 1), mais les principaux chocs extérieurs n’ont pas provoqué l’instabilité généralisée observée lors des précédentes périodes de tension mondiale. Le renforcement des cadres de politique monétaire, la flexibilité des taux de change et l’amélioration des réserves extérieures ont permis à une grande partie de la région de mieux absorber les chocs économiques.

L’environnement international devient toutefois moins favorable. L’économie mondiale traverse une phase de croissance plus lente, plus contrastée, mais toujours stable. La croissance du PIB mondial devrait passer de 3,0 % en 2025 à 2,5 % en 2026, avant de remonter légèrement à 2,8 % en 2027. Les États-Unis continuent d’afficher de meilleures performances que la plupart des économies avancées, grâce aux investissements liés à l’intelligence artificielle qui compensent le ralentissement d’autres secteurs, tandis que les mesures de soutien budgétaire devraient renforcer la croissance l’an prochain. L’Asie émergente demeure le principal moteur de la croissance mondiale, même si son rythme ralentit. Dans le même temps, les perturbations sur les marchés de l’énergie et la hausse des coûts de transport liées au conflit avec l’Iran maintiennent les pressions inflationnistes mondiales à un niveau supérieur aux attentes. Cette situation ralentit le reflux de l’inflation, réduit la marge de manœuvre des banques centrales pour assouplir leur politique monétaire et prolonge des conditions de financement plus contraignantes (graphique 2). Le commerce mondial perd également de son dynamisme sous l’effet des rivalités géopolitiques, de la diversification des chaînes d’approvisionnement et des politiques industrielles. Pour l’Amérique latine et les Caraïbes, ces évolutions influencent principalement les prix des matières premières, la demande à l’exportation, les flux d’investissement et les conditions de financement.

Les perspectives de croissance varient fortement au sein de l’Amérique latine et des Caraïbes (graphique 3). L’Amérique du Sud reste la sous-région la moins dynamique. Sa croissance devrait ralentir, passant de 2,9 % en 2025 à 2,0 % en 2026, avant de remonter légèrement à 2,2 % en 2027. Cette évolution s’explique par une inflation persistante et des conditions de financement plus restrictives. Le Mexique affiche également une croissance inférieure à son potentiel. Les inquiétudes liées à l’affaiblissement de l’État de droit, à l’assainissement des finances publiques et aux incertitudes entourant les échanges commerciaux avec les États-Unis limitent la croissance à environ 1 %. L’Amérique centrale bénéficie de perspectives plus favorables, soutenues par d’importants transferts de fonds provenant des expatriés, qui alimentent la demande intérieure. Dans les Caraïbes, la croissance devrait dépasser celle des autres sous-régions grâce au dynamisme du tourisme, aux investissements et aux efforts de reconstruction. L’augmentation de la production pétrolière au Guyana constitue également un moteur de croissance. Toutefois, le niveau élevé de l’endettement et la forte exposition aux catastrophes naturelles continuent de représenter des contraintes importantes.

Au cours de l’année écoulée, de nombreuses élections nationales ont entraîné d’importants changements de politique économique, susceptibles de renforcer la résilience de la région. Les nouveaux gouvernements en Bolivie, au Chili, en Colombie, au Costa Rica et au Pérou accordent une plus grande importance à la discipline budgétaire, à l’investissement et aux réformes structurelles, même si leur mise en œuvre et le soutien politique dont elles bénéficient varient selon les pays. L’Argentine poursuit ses efforts pour corriger les déséquilibres macroéconomiques hérités des années précédentes, tandis que les réformes engagées dans des pays comme le Paraguay et la République dominicaine contribuent à renforcer le cadre institutionnel et l’attractivité pour les investisseurs. Ces évolutions pourraient améliorer la résilience de la région à moyen terme. À court terme, toutefois, l’assainissement des finances publiques pourrait peser sur la croissance et accroître les tensions sociales, en particulier dans les pays où les ajustements interviennent après une longue période de déséquilibres économiques, comme l’Argentine et la Bolivie. 

Les risques géopolitiques se renforcent

L’environnement géopolitique est devenu plus complexe sous l’effet du conflit avec l’Iran et des incertitudes entourant la politique américaine. Cette situation se traduit à la fois par une approche plus interventionniste des États-Unis dans la région et par la persistance de risques commerciaux. Depuis mars, le conflit au Moyen-Orient, notamment les perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, a entraîné une hausse des prix mondiaux du pétrole, du gaz, des engrais et des produits alimentaires. Bien que les négociations entre les États-Unis et l’Iran aient temporairement atténué ces tensions, les récents épisodes d’escalade ont de nouveau soutenu les prix, dans un contexte qui demeure incertain. En tant qu’importatrice nette de pétrole, de gaz et d’engrais, l’Amérique latine et les Caraïbes est confrontée à une augmentation de ses coûts d’importation, au retour de pressions inflationnistes et à une marge de manœuvre plus limitée pour assouplir sa politique monétaire.

Les effets du conflit sont toutefois variables selon les pays de la région. Les économies importatrices d’énergie, notamment dans les Caraïbes, en Amérique centrale et au Chili, apparaissent plus exposées. À l’inverse, des exportateurs d’énergie comme l’Argentine, le Brésil, la Colombie ou le Guyana bénéficient de prix d’exportation plus élevés et d’une production accrue. Cependant, même ces pays restent confrontés à une hausse de certains coûts domestiques, notamment lorsqu’ils importent des carburants raffinés ou des engrais. Les échanges directs avec les pays du Golfe demeurent limités, ce qui réduit la vulnérabilité de la région par rapport à l’Asie ou à l’Afrique.

Parallèlement, l’influence des États-Unis en Amérique latine et dans les Caraïbes s’accroît, à mesure que les enjeux de sécurité et les intérêts économiques de l’hémisphère prennent une place plus importante dans la politique étrangère de Washington. Les États-Unis ont adopté une approche plus interventionniste, combinant actions militaires, pressions économiques, sanctions et coopération en matière de sécurité pour défendre leurs objectifs. Cette stratégie comprend notamment l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines en janvier, ainsi qu’un renforcement des pressions exercées sur Cuba, présenté par Washington comme un enjeu de sécurité nationale. Jusqu’à présent, ces mesures se sont principalement traduites par un durcissement des sanctions et un blocus pétrolier, même si le risque d’actions militaires ciblées demeure élevé.

Les menaces initiales d’interventions militaires unilatérales contre les réseaux de trafic de drogue au Mexique et en Colombie ont progressivement laissé place à une approche plus coopérative fondée sur des partenariats avec les autorités nationales et la coopération multilatérale. Le lancement, en mars, de l’initiative « Shield of the Americas », destinée à créer une coalition américaine de lutte contre les cartels, illustre cette évolution. Dans le même temps, les États-Unis ont renforcé leur implication dans la vie politique de plusieurs pays de la région, en soutenant ouvertement certains candidats conservateurs au Honduras, en Colombie et au Brésil, tout en encourageant les gouvernements à réduire leur dépendance aux investissements chinois, en particulier dans les projets d’infrastructures stratégiques.

Un épisode El Niño potentiellement historique accentue les risques climatiques

Les risques climatiques viennent s’ajouter aux défis économiques et géopolitiques auxquels la région est confrontée. Selon le Centre de prévision climatique de la NOAA, le phénomène El Niño se renforce, avec une probabilité supérieure à 90 % qu’un épisode de forte intensité se développe durant l’automne et l’hiver 2026-2027 dans l’hémisphère Nord. Pour la période d’octobre à décembre 2026, la probabilité qu’El Niño dépasse l’intensité des épisodes observés depuis 1950 est estimée à 75 %. Le centre souligne toutefois qu’un El Niño plus puissant augmente la probabilité d’effets caractéristiques sans pour autant les garantir.

Les conséquences économiques d’un tel épisode varieraient selon les pays du LAC. Les épisodes de sécheresse pourraient affecter la production agricole et la production d’électricité d’origine hydraulique dans certaines zones du nord de l’Amérique du Sud, d’Amérique centrale et des Caraïbes. À l’inverse, des précipitations excessives pourraient endommager les cultures, les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement. Les pays fortement dépendants de l’hydroélectricité, comme le Paraguay, le Venezuela et l’Équateur, sont particulièrement exposés à des risques sur leur approvisionnement énergétique (graphique 4). Par ailleurs, les perturbations de l’offre alimentaire pourraient entretenir les pressions inflationnistes et retarder l’assouplissement des politiques monétaires.

L’intensité potentielle de cet épisode rend les mesures de préparation particulièrement importantes. Des finances publiques solides, des dispositifs de financement des risques de catastrophe et des infrastructures résilientes peuvent contribuer à limiter les conséquences économiques. Par ailleurs, les réformes engagées dans plusieurs pays de la région, qu’il s’agisse du programme de stabilisation de l’Argentine, des réformes de gouvernance au Paraguay ou des mesures visant à renforcer la compétitivité en République dominicaine, placent aujourd’hui une grande partie de l’Amérique latine et des Caraïbes dans une position plus favorable pour faire face aux chocs qu’au cours des précédentes périodes de tensions mondiales.

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Résumé
  • La croissance en Amérique latine et dans les Caraïbes (LAC) reste limitée et inégale. La région continue de mieux résister aux chocs mondiaux que lors des précédentes périodes de tension. Toutefois, les performances varient fortement d’un pays à l’autre. L’Amérique du Sud ralentit, tandis que l’Amérique centrale bénéficie du soutien des transferts de fonds des expatriés. Les Caraïbes se distinguent par une croissance plus dynamique, portée par le tourisme, l’investissement et les efforts de reconstruction.
  • Des risques géopolitiques et climatiques qui s’intensifient : selon notre analyse, la combinaison du conflit avec l’Iran, une politique américaine plus interventionniste et un épisode El Niño potentiellement historique constitue l’un des principaux défis à court terme pour la région. La hausse des prix de l’énergie, des engrais et des produits alimentaires ravive les pressions inflationnistes, tandis que les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient perturber l’agriculture, la production hydroélectrique et les infrastructures. Les risques commerciaux demeurent également élevés, notamment autour de la révision de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) et du niveau élevé des droits de douane américains appliqués au Brésil.
  • Des réformes qui soutiennent un optimisme prudent : les cadres de politique économique, les taux de change flexibles et le renforcement des réserves extérieures offrent une protection importante à l’Amérique latine et aux Caraïbes. Les évolutions politiques récentes ont également créé un nouvel élan en faveur de la discipline budgétaire, de l’investissement et des réformes structurelles. Ces avancées devraient renforcer la résilience de la région à moyen terme, même si les programmes d’ajustement nécessaires pourraient, dans un premier temps, peser sur la croissance et accentuer les tensions sociales dans certains pays.
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