Regardez autour de vous. Presque tout ce qui vous entoure, même les objets les plus simples, résulte de matières premières et de composants provenant du monde entier, assemblés au sein de chaînes de valeur complexes et interconnectées. Pourtant, le commerce international qui rend cela possible ne repose que rarement sur un paiement immédiat. Les biens et services sont généralement livrés avec l’attente d’un règlement à une date ultérieure. Cette pratique, appelée crédit interentreprises, s’accompagne d’une conséquence inévitable : le risque de crédit client. Que se passe-t-il lorsque l’acheteur ne paie pas ?
Cette question est aujourd’hui plus pertinente que jamais. Les échanges mondiaux sont profondément influencés par les tensions géopolitiques, la volatilité financière et des chaînes d’approvisionnement de plus en plus digitalisées, qui exigent des prises de décision toujours plus rapides. Malgré cela, des millions de transactions continuent d’être réalisées chaque jour. Comment est-ce possible ?
Comprendre le risque de crédit client
Lorsque l’on évoque les moteurs de l’économie mondiale, on pense généralement aux banques centrales, aux taux d’intérêt, aux routes commerciales, aux prix de l’énergie ou encore à la géopolitique. Le crédit interentreprises est rarement cité. Pourtant, il joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du commerce mondial et demeure l’un des mécanismes financiers les plus importants, bien qu’il soit souvent méconnu : le moteur discret qui soutient au quotidien les échanges internationaux.
Le crédit interentreprises constitue la principale source de financement à court terme des entreprises à l’échelle mondiale. Jusqu’à 60 % des échanges internationaux sont réalisés grâce à des accords de crédit accordés entre entreprises.
Le crédit interentreprises correspond à un accord entre un fournisseur et un acheteur permettant de différer le paiement, généralement sur une période de 30 à 120 jours. Il offre aux acheteurs la possibilité de préserver leur trésorerie tout en poursuivant leur activité et leur développement. Il constitue d’ailleurs la principale source de financement à court terme des entreprises à l’échelle mondiale, souvent devant le financement bancaire. Il soutient une part importante des transactions internationales. Selon le FMI, jusqu’à 60 % des échanges mondiaux sont financés par des accords de crédit entre entreprises plutôt que par les banques.
Pour les fournisseurs, accorder un délai de paiement est souvent une nécessité commerciale. Cette pratique permet de renforcer la relation client, d’améliorer la compétitivité et de soutenir la croissance des ventes. Bien plus qu’une simple facilité opérationnelle, le crédit interentreprises est devenu un pilier des chaînes de valeur mondiales. Il permet aux fournisseurs et aux acheteurs de coordonner leurs activités à l’échelle internationale avec une rapidité et une fluidité que les modes de financement traditionnels ne peuvent pas toujours offrir.

Dans leur étude The Macroeconomics of Trade Credit, Gideon Bornstein, professeur de finance à la Wharton School, et Luigi Bocola, économiste à l’université Stanford, proposent l’une des analyses les plus complètes du rôle du crédit interentreprises dans les économies modernes. Comme ils le soulignent, « dans la plupart des pays, les fournisseurs de biens et de services intermédiaires constituent également la principale source de financement à court terme des entreprises ».
L’étude met également en évidence le mécanisme qui explique l’importance macroéconomique du crédit interentreprises : un effet multiplicateur du crédit. Selon les auteurs, « le crédit interentreprises résulte d’une relation contractuelle de long terme entre des entreprises intégrées dans un même processus de production. Son équilibre repose sur la confiance et la réputation, les clients risquant de perdre leur relation commerciale avec leurs fournisseurs en cas de défaut de paiement. Ces liens financiers créent un effet multiplicateur du crédit : les fournisseurs peuvent obtenir le remboursement de leurs créances, puis les mobiliser auprès des banques afin d’accéder à de la liquidité. Selon la capacité d’emprunt des fournisseurs, ce mécanisme peut soit atténuer, soit amplifier les effets des chocs financiers sur l’activité économique ».
Définition du risque de crédit client
Si le crédit interentreprises est l’un des moteurs essentiels de l’économie mondiale, il implique également une exposition significative au risque. Les créances clients représentent généralement entre 20 % et 40 % des actifs circulants d’une entreprise, et chacune d’elles est susceptible de ne pas être réglée.
Le risque de crédit client désigne la possibilité qu’un acheteur ne règle pas ses factures dans les délais convenus. Ce risque peut prendre différentes formes : retard de paiement, impayé ou défaillance de l’entreprise cliente. Lorsque les paiements sont retardés ou ne sont pas encaissés, les conséquences peuvent être importantes : perturbation de la trésorerie, recours accru au financement externe, réduction de la liquidité, pression sur la rentabilité et, dans les cas les plus graves, mise en péril de l’activité de l’entreprise.
Partout dans le monde, les entreprises sont confrontées à des comportements de paiement de plus en plus imprévisibles de la part de leurs clients. Notre Baromètre des Pratiques de Paiement met régulièrement en évidence cette réalité.
« Les entreprises du monde entier sont confrontées à des comportements de paiement de leurs clients de plus en plus imprévisibles. Au cours des dernières années, notre Baromètre des Pratiques de Paiement a régulièrement mis en évidence cette réalité. Près de la moitié des factures B2B dans le monde sont désormais réglées en retard, et la pression persistante sur la trésorerie contraint les entreprises à composer avec des encaissements moins prévisibles. Il ne s’agit pas d’une évolution passagère, mais d’un défi durable, ce qui explique pourquoi de nombreuses entreprises perçoivent aujourd’hui l’environnement des paiements comme plus incertain », explique Silvia Ungaro, Senior Editor et spécialiste des comportements de paiement interentreprises (B2B) chez Atradius.

Les facteurs qui influencent le risque de crédit client
Le risque de crédit client ne survient pas de manière isolée. Il résulte d’une combinaison de facteurs interdépendants, allant des caractéristiques propres à l’acheteur jusqu’aux évolutions économiques et géopolitiques plus larges.
Facteurs liés à l’acheteur
La solidité financière d’une entreprise, sa solvabilité et son accès à la liquidité jouent un rôle déterminant dans sa capacité à honorer ses engagements de paiement. Son historique de paiement est tout aussi important. Les comportements passés constituent souvent l’un des meilleurs indicateurs de sa fiabilité future. L’exposition sectorielle doit également être prise en compte, car les entreprises évoluant dans des secteurs plus volatils ou fortement concurrentiels sont généralement plus sensibles aux difficultés financières.
Toutefois, connaître son client ne suffit pas. Une image simple permet de l’illustrer : les entreprises sont comme des navires et l’environnement économique représente la mer. Pour évaluer la capacité de paiement d’une entreprise, il ne suffit pas d’examiner la solidité du navire. Il faut également comprendre les conditions dans lesquelles il navigue.
Conditions macroéconomiques
Les ralentissements économiques tendent à fragiliser les flux de trésorerie et à accroître les défaillances d’entreprises. L’inflation et la hausse des taux d’intérêt exercent également une pression supplémentaire sur les coûts et les capacités de financement. Les fluctuations de change peuvent, elles aussi, compliquer les transactions internationales, notamment pour les entreprises disposant de marges réduites ou d’une couverture limitée contre le risque de change.
Dynamiques sectorielles
Certains secteurs sont par nature plus cycliques, comme la construction ou le commerce de détail, où la demande peut varier fortement sur de courtes périodes. D’autres sont davantage exposés aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, susceptibles de ralentir la production, d’augmenter les coûts et, à terme, d’affecter la capacité des entreprises à régler leurs factures dans les délais.
Exposition géographique
L’instabilité politique, l’incertitude économique ou des évolutions réglementaires soudaines dans le pays de l’acheteur peuvent rapidement modifier le niveau de risque d’une transaction. Les cadres juridiques varient également d’un marché à l’autre, influençant la facilité avec laquelle les créances peuvent être recouvrées et les impayés traités.
Gérer le risque de crédit client
Le crédit interentreprises repose fondamentalement sur un principe simple mais essentiel : la confiance. Chaque facture accordant un délai de paiement repose sur l’engagement de l’acheteur à respecter ses obligations. Cependant, à mesure que l’exposition au risque augmente, la confiance seule ne suffit plus. Les entreprises doivent disposer d’outils leur permettant de transformer cette confiance en une approche plus sécurisée et mesurable. C’est dans ce contexte que l’assurance-crédit prend toute son importance. Elle constitue l’une des solutions les plus complètes pour transformer l’incertitude en risque maîtrisé, permettant aux entreprises de développer leurs activités commerciales avec confiance.
Dans le commerce international, les assureurs couvrent environ 60 % du risque de crédit client, les banques en prennent en charge 20 %, tandis que les fournisseurs conservent les 20 % restants. À l’inverse, dans le cadre des transactions domestiques, les fournisseurs supportent directement près de 8

Dans son analyse détaillée de l’assurance-crédit, le Comité européen du risque systémique (CERS) — l’autorité macroprudentielle de l’Union européenne chargée d’identifier et de prévenir les risques susceptibles de menacer la stabilité financière — souligne l’importance de la protection apportée par les assureurs-crédit au commerce mondial. Selon ses estimations, l’assurance-crédit couvre 60 % du risque associé aux crédits commerciaux internationaux. Le CERS rappelle également la réalité à laquelle les exportateurs et les fournisseurs sont confrontés au quotidien : « les entreprises disposent généralement de trois options pour gérer ce risque de crédit. Premièrement, exiger un paiement anticipé afin d’éliminer tout risque. Deuxièmement, conserver elles-mêmes ce risque. Troisièmement, transférer ce risque en souscrivant une assurance-crédit ».
Toutefois, ce choix se présente de manière très différente selon que l’opération est réalisée sur le marché domestique ou à l’international. Comme le souligne le rapport, « dans le commerce international, les assureurs couvrent 60 % du risque de crédit client, les banques 20 %, tandis que les fournisseurs conservent les 20 % restants. À l’inverse, dans les échanges domestiques, les fournisseurs supportent 85 % du risque. Cette différence s’explique probablement par une capacité de suivi plus limitée et des possibilités de recouvrement plus complexes dans les transactions internationales ».
Le constat est clair : dans les échanges internationaux, où la distance, la diversité des cadres juridiques et les environnements politiques compliquent le recouvrement des créances impayées, l’assurance-crédit n’est pas seulement un outil financier, mais un élément essentiel du fonctionnement du commerce. Sans elle, une grande partie des échanges mondiaux serait exposée à une incertitude bien plus importante. Cette mission repose sur des équipes de souscription capables d’évaluer des risques en constante évolution avec rigueur et anticipation.
L’assurance-crédit joue un rôle central dans le maintien de la confiance au sein du commerce mondial. Toutefois, peu d’acteurs disposent de la taille, de l’expertise et de la présence internationale nécessaires pour accompagner efficacement des risques aussi complexes et évolutifs. Ce qui distingue véritablement Atradius réside dans l’association de sa présence mondiale, de ses solutions de connectivité avancées et de l’expertise de ses équipes. Notre réseau nous permet d’analyser les risques en temps réel à travers les marchés, les secteurs d’activité et les chaînes d’approvisionnement. Nos technologies intègrent ces informations directement dans vos processus de décision, tandis que nos experts transforment la donnée en analyse opérationnelle, en agissant comme un prolongement de vos propres équipes crédit. Dans un environnement commercial de plus en plus complexe, cette combinaison permet de transformer l’information en confiance et de prendre des décisions avec une meilleure visibilité.
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Le crédit interentreprises est un moteur essentiel du commerce mondial, mais il expose les entreprises au risque de non-paiement. Dans un contexte économique incertain, comprendre et maîtriser ce risque est devenu indispensable.
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Des retards de paiement aux défaillances d’entreprises, le risque de crédit client peut affecter la trésorerie, la rentabilité et les perspectives de développement. Ses facteurs de risque sont multiples et peuvent être liés aux acheteurs, aux marchés, aux secteurs d’activité ou encore aux zones géographiques.
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Dans un environnement toujours plus complexe, la confiance seule ne suffit plus. L’assurance-crédit permet aux entreprises de transformer l’incertitude en sérénité et de poursuivre leur activité commerciale avec une meilleure visibilité.