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Brexit : 10 ans après, un commerce et une croissance en recul

2 Jul 2026

Dix ans après le référendum sur le Brexit, le constat économique est désormais sans équivoque. La sortie de l’Union européenne a ralenti les échanges commerciaux du Royaume-Uni, réduit le potentiel de son économie et compliqué l’activité de nombreuses entreprises britanniques, désormais confrontées à un environnement commercial moins dynamique.

À l’occasion de ce dixième anniversaire, nous avons analysé les données officielles de l’Office for National Statistics (ONS) afin de suivre l’évolution des échanges commerciaux britanniques depuis la période précédant le vote sur le Brexit jusqu’à aujourd’hui. Les résultats sont sans appel : avant le référendum de 2016, le commerce extérieur du Royaume-Uni progressait de 3 % par an, de manière équilibrée entre les marchés européens et non européens. Depuis, cette croissance est tombée à 0,9 % par an. Les échanges avec l’Union européenne n’augmentent plus que de 0,5 % par an, contre 1,2 % pour le reste du monde.

Les données montrent également que le Brexit n’a pas permis la transformation du commerce international britannique annoncée par ses partisans. Le Royaume-Uni n’a ni remplacé l’Europe par des marchés mondiaux à plus forte croissance, ni significativement réduit sa dépendance au marché unique. Selon les données les plus récentes de juin 2026, la part de l’Union européenne dans le commerce extérieur britannique n’a reculé que de 1,8 point de pourcentage en dix ans, passant de 51,3 % avant le référendum à 49,5 %.

Le Royaume-Uni reste dépendant de l’Europe

Les médias soulignent souvent que le Royaume-Uni dispose de plus de 70 accords commerciaux en vigueur. Toutefois, la grande majorité d’entre eux correspond à la reconduction d’accords dont le pays bénéficiait déjà en tant qu’État membre de l’Union européenne. Quelques nouveaux accords ont bien été conclus, mais leur impact reste limité au regard du volume des échanges avec l’Europe, qu’ils ne représentent qu’à hauteur de 1,4 %.

Les exportations britanniques vers l’Union européenne ont globalement maintenu leur part, à 47,7 %, soit un niveau légèrement supérieur à celui de 2016. Les entreprises britanniques s’efforcent ainsi de préserver leur clientèle européenne. Le principal changement structurel concerne les importations : la part des importations en provenance de l’Union européenne a reculé de 3,6 points pour s’établir à 50,7 %. Afin de limiter les contraintes liées aux nouveaux contrôles aux frontières, de nombreuses entreprises britanniques ont diversifié leurs sources d’approvisionnement et se sont tournées vers des fournisseurs situés hors de l’Union européenne lorsque cela était possible.

L’Union européenne reste le premier partenaire commercial du Royaume-Uni. Sa part dans les échanges n’a reculé que de 1,8 point depuis le référendum sur le Brexit. Les exportations vers l’UE ont progressé de 0,4 %, tandis que les importations ont diminué de 3,6 points

Dana Bodnar

Les nouveaux accords commerciaux n’ont pas comblé le manque à gagner

Dix ans après le Brexit, il apparaît clairement que les nouveaux accords de libre-échange conclus par le Royaume-Uni n’ont pas eu d’impact significatif sur son activité économique. L’accord avec l’Australie ne représente que 0,8 % du commerce extérieur britannique, celui avec la Nouvelle-Zélande 0,2 %, tandis que l’adhésion au Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP) n’a ouvert que des débouchés limités avec la Malaisie et le Brunei, qui totalisent ensemble 0,4 % des échanges.

Le Royaume-Uni a également signé des accords plus prometteurs avec l’Inde en juillet 2025 (1,7 % du commerce extérieur) et avec le Conseil de coopération du Golfe (CCG) en mai 2026 (2,7 %). Toutefois, ces accords ne sont pas encore entrés en vigueur et leurs effets restent à concrétiser.

Quand l’approvisionnement mondial atteint ses limites

Face à la faible dynamique du marché européen et aux retombées limitées des nouveaux accords commerciaux, de nombreuses entreprises britanniques se sont tournées vers les deux plus grandes économies mondiales : les États-Unis et la Chine. Cependant, depuis 2024, les échanges avec ces deux marchés ont nettement ralenti. Le volume des échanges avec les États-Unis est supérieur de 9 % à celui observé il y a dix ans, mais la dynamique post-pandémie s’est essoufflée sous l’effet des tensions commerciales et des droits de douane. Avant le Brexit, le commerce entre le Royaume-Uni et les États-Unis progressait de 10,7 % par an. Sur les dix dernières années, cette croissance est tombée à 1,5 %.

Les échanges avec la Chine ont suivi une trajectoire comparable : après une forte progression à la suite du référendum de 2016, ils ont marqué le pas au début des années 2020 avant de reculer nettement depuis 2024. Cette évolution s’explique principalement par le ralentissement de la demande intérieure chinoise et par la volonté des entreprises britanniques de réduire leur dépendance à l’égard des capacités de production chinoises. La croissance des échanges avec la Chine est ainsi passée de 11 % par an avant le Brexit à 3 % après celui-ci.

Après l’Union européenne, les États-Unis (11,6 %) et la Chine (8,8 %) sont les principaux partenaires commerciaux du Royaume-Uni. Pourtant, les échanges avec ces deux marchés ont ralenti ces dernières années, limitant les perspectives de croissance et de diversification commerciale

Dana Bodnar

Trois partenaires européens, trois trajectoires différentes

L’évolution des relations commerciales du Royaume-Uni avec les pays de l’Union européenne n’a pas été uniforme.

1. L’Allemagne illustre le plus clairement les effets du Brexit

L’Allemagne est l’un des exemples les plus marquants de perte de dynamisme. Les exportations britanniques vers ce pays sont désormais inférieures de 21 % à leur niveau de juin 2016 et continuent de reculer (-4,6 % sur un an), tandis que les importations en provenance d’Allemagne sont restées globalement stables sur la décennie avant de repartir à la hausse (+4,4 % sur un an). Pour les entreprises B2B, l’Allemagne occupe une place centrale dans les secteurs de l’industrie manufacturière avancée, des équipements industriels, des composants automobiles, de la chimie et des chaînes d’approvisionnement industrielles. Dans ces secteurs, les formalités aux frontières, les procédures douanières, les règles d’origine et les divergences réglementaires peuvent directement peser sur les marges et la compétitivité. Le Brexit n’a pas supprimé les échanges avec l’Allemagne, mais il a rendu la relation commerciale plus complexe à gérer.

2. Les Pays-Bas illustrent la capacité d’adaptation des entreprises

Les exportations britanniques vers les Pays-Bas ont progressé de 32 % depuis le référendum, même si leur croissance a ralenti à 2,7 % au cours de la dernière année. Les importations britanniques en provenance des Pays-Bas ont légèrement reculé sur la décennie (-7,8 %), avant de rebondir fortement (+11,4 % sur un an). Ces résultats paraissent plus favorables, mais la hausse des flux commerciaux dans une direction ne constitue pas nécessairement un avantage généralisé du Brexit. Elle montre plutôt que les exportateurs britanniques se sont adaptés pour préserver leur activité, au prix de coûts supplémentaires liés au stockage, à la réorganisation des circuits de distribution, au renforcement des procédures douanières et à l’augmentation du besoin en fonds de roulement nécessaire pour gérer des chaînes d’approvisionnement plus longues ou moins prévisibles.

3. Le Danemark constitue un point positif, sans refléter la tendance générale

Les échanges avec le Danemark ont enregistré une croissance soutenue au cours de la décennie. Les exportations britanniques vers ce pays ont progressé de 12 % depuis 2016, tandis que les importations en provenance du Danemark ont bondi de 49,5 %, principalement grâce aux secteurs pharmaceutique, chimique et énergétique. Les secteurs britanniques les plus performants sont les machines et matériels de transport (+16,3 %) ainsi que les produits alimentaires et animaux vivants (+10,8 %). Cette évolution est réellement positive, mais elle semble davantage liée à la performance de certains secteurs qu’à un bénéfice direct du Brexit. Le Danemark démontre que les échanges avec l’Europe peuvent encore se développer lorsque des dynamiques sectorielles solides les soutiennent.

Les entreprises doivent s’adapter à un environnement plus exigeant

Le Brexit a réduit le potentiel économique du Royaume-Uni. L’Office for Budget Responsibility estime qu’à long terme, il entraînera une baisse d’environ 4 % de la productivité par rapport à un scénario de maintien dans l’Union européenne. Des recherches plus récentes avancent un impact encore plus marqué, estimant que le PIB par habitant du Royaume-Uni est inférieur de 6 % à 8 % à ce qu’il aurait été autrement, tandis que l’investissement serait inférieur de 12 % à 18 %.

En 2026, la réussite passe par de nouvelles stratégies permettant de compenser les contraintes structurelles. Pour les entreprises de biens physiques, le modèle de production et de livraison en flux tendus n’est plus adapté aux marchés européens. De nombreux industriels britanniques ont mis en place des centres de distribution au sein de l’Union européenne afin de rapprocher leurs stocks de leurs clients européens. L’indice des échanges commerciaux avec les Pays-Bas atteint 132,2 (base 100 en 2016), signe que de nombreuses entreprises utilisent ce pays comme plateforme logistique. À l’inverse, l’indice des échanges avec l’Allemagne est tombé à 78,8, certaines entreprises privilégiant désormais des approvisionnements de proximité afin de limiter les coûts liés aux frontières.

Dix ans après : le bilan

Le Brexit a engendré de nouvelles déclarations douanières, des exigences liées aux règles d’origine, des contrôles réglementaires, des contraintes en matière de TVA et des coûts de conformité supplémentaires. Il a fortement ralenti la croissance du commerce britannique, sans pour autant réduire de manière significative la dépendance du Royaume-Uni à l’égard de l’Union européenne ni générer les bénéfices commerciaux mondiaux qui avaient été annoncés. Les entreprises B2B ont dû s’adapter à une nouvelle réalité marquée par des marges sous pression, des chaînes d’approvisionnement plus complexes et une augmentation des besoins en fonds de roulement, rendant la gestion du risque client et la sécurisation des conditions de paiement plus essentielles que jamais depuis le référendum.

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Résumé
  • Le ralentissement des échanges lié au Brexit a réduit la croissance du commerce britannique de 3 % par an avant le référendum à seulement 0,9 % après celui-ci, les échanges avec l’Union européenne étant les plus affectés.
  • Le repositionnement du Royaume-Uni vers les marchés internationaux ne s’est pas concrétisé : l’Union européenne représente toujours environ la moitié du commerce extérieur britannique et sa part est restée quasiment stable au cours des dix dernières années.
  • Les nouveaux accords commerciaux n’ont eu qu’un impact limité, couvrant seulement 1,4 % du commerce extérieur britannique et ne compensant pas le ralentissement des échanges avec l’Union européenne.
  • Les entreprises britanniques font désormais face à des coûts plus élevés, à des chaînes d’approvisionnement plus complexes et à une baisse de leur productivité, contraignant nombre d’entre elles à constituer des stocks au sein de l’Union européenne ou à réorganiser leurs approvisionnements pour préserver leur compétitivité.
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