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Actualités économiques

La hausse des rendements obligataires pèse sur les entreprises

La récente hausse du coût de financement des États aux États-Unis et en Europe se répercute progressivement sur l’économie et pèse sur les bilans des entreprises.
22 Oct 2026
6 min

Fin septembre, le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans a dépassé 5,25 %, son niveau le plus élevé depuis 2002, tandis que celui des obligations à 30 ans a atteint un niveau inédit depuis 2004.

Les rendements obligataires progressent aux États-Unis comme dans le reste du monde, sous l’effet des besoins élevés de financement des États, de l’augmentation de la dette publique, de la hausse de l’inflation et des tensions géopolitiques. Au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, les rendements des obligations à 10 ans ont récemment atteint des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la crise financière mondiale.

Cette hausse des rendements obligataires a des conséquences concrètes. Elle renchérit le coût du financement pour les États, les entreprises et les ménages. Les obligations d’État servent en effet de référence pour déterminer le coût de l’argent dans l’économie : lorsque leurs rendements augmentent, emprunter devient plus coûteux pour tous.

Dans un contexte de forte volatilité économique, les entreprises doivent comprendre pourquoi les rendements obligataires augmentent aussi fortement, quelles peuvent être les conséquences sur leur situation financière et comment la situation pourrait évoluer.

Obligations d’État : une valeur refuge remise en question ?

Les obligations d’État sont traditionnellement considérées comme des valeurs refuges, car les États présentent généralement un faible risque de défaut ou de non-remboursement de leur dette. Les obligations à long terme émises par les États-Unis et les principales économies européennes sont ainsi généralement appréciées pour leur fiabilité et leur faible niveau de risque au sein de portefeuilles d’investissement diversifiés.

Mais les événements récents incitent les investisseurs à davantage de prudence. Cette méfiance se traduit par une hausse des rendements, signe à la fois d’un ralentissement de la demande et d’une volatilité économique accrue. Les investisseurs exigent désormais une rémunération plus élevée pour compenser ce qu’ils considèrent comme un risque croissant lorsqu’ils prêtent aux États. 

Toutefois, la hausse des rendements obligataires ne résulte pas toujours d’un ralentissement économique. La croissance peut également faire progresser les rendements en alimentant les tensions inflationnistes et en augmentant la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt. Ce phénomène pourrait en partie être à l’œuvre actuellement. Les économies européennes se montrent étonnamment résilientes malgré un contexte difficile, tandis que les données en provenance des États-Unis font état d’une nette accélération de l’activité des entreprises.

Mais un facteur plus évident réside dans le choc sur les prix de l’énergie provoqué par la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Le prix du baril de Brent a de nouveau atteint 108 dollars en septembre, après le rejet par le président Trump d’une proposition iranienne visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. La hausse des prix du pétrole se répercute sur l’ensemble de l’économie en augmentant les coûts du transport, de l’alimentation et d’autres biens. Face à l’inflation, les investisseurs exigent des rendements obligataires plus élevés afin de compenser la perte de valeur liée à la hausse des prix.

Les marchés obligataires anticipaient des baisses de taux en début d’année. Ils font désormais face à la perspective de taux durablement élevés.

Dana Bodnar

« En début d’année, les marchés obligataires anticipaient des baisses de taux. Ils font désormais face à la perspective de taux qui resteront élevés plus longtemps », explique Dana Bodnar, Senior Economist chez Atradius. « Cette évolution des anticipations, combinée à une inflation persistante et à des inquiétudes croissantes concernant les finances publiques américaines, a contribué à la forte hausse des rendements obligataires. »

Une rémunération du risque plus élevée

Des deux côtés de l’Atlantique, les investisseurs sont également préoccupés par le creusement des déficits publics. La dette publique américaine a atteint 40 000 milliards de dollars pour la première fois en août, notamment sous l’effet d’une guerre à l’étranger dont l’issue reste incertaine. En Allemagne, d’importantes dépenses consacrées à la défense et aux infrastructures ont fait progresser la dette publique de 144 milliards d’euros en 2025. En France, la dette devrait atteindre cette année un niveau proche de son plus haut depuis près de 50 ans.

Pour financer leurs déficits budgétaires, les États empruntent davantage, ce qui augmente le volume d’obligations disponibles sur le marché et fait baisser leur prix. Lorsque le prix des obligations diminue, leur rendement augmente.

Actuellement, plusieurs facteurs se conjuguent pour pousser les rendements obligataires à la hausse. Les incertitudes concernant l’inflation et les taux d’intérêt, les importants besoins de financement des États et les tensions géopolitiques contribuent à augmenter la prime de terme des obligations à 10 et 30 ans, les investisseurs exigeant une rémunération plus élevée pour détenir des titres de dette à plus longue échéance.

La hausse des coûts d’emprunt pèse sur les entreprises

Mais la hausse des rendements obligataires ne concerne pas uniquement les investisseurs. Les rendements des obligations d’État sont importants pour les entreprises, car ils servent de référence pour les taux d’intérêt dans l’ensemble de l’économie. Lorsque le coût de financement des États augmente, celui des ménages et des entreprises tend généralement à suivre.

« La hausse des rendements obligataires se répercute sur l’économie en augmentant plus largement les coûts d’emprunt », explique Theo Smid Theo Smid, Senior Economist chez Atradius. « Prêter à un État est considéré comme peu risqué. Prêter à une entreprise comporte davantage de risques : les entreprises paient donc généralement un taux supérieur au coût de financement des États. Lorsque les rendements des obligations d’État augmentent, les coûts d’emprunt des ménages et des entreprises ont également tendance à progresser, même si cette répercussion n’est pas toujours immédiate ni intégrale. »

Lorsque l’emprunt devient plus coûteux, les entreprises peuvent reporter ou annuler leurs investissements dans de nouveaux équipements, locaux ou recrutements. Les consommateurs confrontés à des mensualités plus élevées pour leur crédit immobilier, leur carte de crédit ou leurs autres emprunts sont moins enclins à réaliser des achats importants, ce qui accentue la pression sur les secteurs dépendants de la consommation. Enfin, lorsque les États doivent consacrer davantage de ressources au remboursement de leur dette, ils disposent de moins de moyens pour financer les infrastructures, les services publics ou des baisses d’impôts destinées à soutenir la croissance économique.

« De nombreuses entreprises ont recours à l’emprunt pour financer leurs investissements, et la hausse des charges d’intérêts peut peser sur les marges dans de nombreux secteurs », explique Theo Smid. « La baisse des dépenses de consommation tend à toucher d’abord le commerce de détail, avant de se répercuter sur les grossistes, les acteurs de la logistique et les industriels. Lorsque les États réduisent leurs dépenses pour contenir leurs déficits budgétaires ou la hausse du coût de leur dette, les entreprises des secteurs des infrastructures et de la construction peuvent également être affectées, tout comme leurs chaînes d’approvisionnement. »

La hausse des rendements obligataires peut également créer un cercle vicieux : l’augmentation du coût de financement des États et le creusement des déficits entraînent de nouveaux besoins d’emprunt, susceptibles de faire encore progresser les rendements obligataires. Ce scénario n’est toutefois pas inévitable si les gouvernements augmentent les impôts ou réduisent leurs dépenses, même si ces mesures comportent leurs propres risques politiques et économiques.

Quelle évolution pour les rendements obligataires ?

Si les rendements des obligations d’État augmentent en raison des incertitudes économiques et géopolitiques, un retour à une situation plus stable devrait favoriser leur baisse.

Malheureusement, la stabilité semble encore lointaine. Le rejet par le président Trump des récentes propositions iraniennes laisse penser que Washington n’est pas disposé à faire de compromis, malgré l’approche des élections de mi-mandat et l’impopularité de la guerre auprès des électeurs américains. Il semble de plus en plus probable que le détroit d’Ormuz reste fermé jusque bien avancé en 2027.

Alors que le conflit exerce une pression haussière sur l’inflation, les marchés anticipent de plus en plus un nouveau resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, de la Banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre.

Tant que ces tendances ne s’inverseront pas, les rendements obligataires devraient rester élevés. Les États continuent d’emprunter massivement alors que la forte progression des investissements mondiaux dans l’intelligence artificielle accroît également la demande de capitaux. Cette concurrence pour attirer les capitaux des investisseurs contribue à maintenir les taux d’intérêt à long terme à des niveaux élevés.

À court terme, les entreprises devraient être confrontées à un durcissement des conditions d’octroi de crédit et à une hausse des taux d’intérêt. Toutefois, l’environnement global de financement devrait rester plus stable et prévisible que lors du précédent cycle de resserrement monétaire de 2022 à 2023.

Les entreprises doivent néanmoins se préparer à d’éventuels retards ou défauts de paiement, voire à des défaillances d’entreprises. Si elles ne le font pas déjà, elles doivent surveiller la situation financière de leurs clients afin de détecter les signes de difficultés, car la hausse des rendements obligataires se répercute sur les charges d’intérêts et exerce une pression sur les marges.

Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans ou des obligations d’État allemandes peut sembler éloigné de l’économie réelle. Pourtant, sa hausse constitue un signal d’alerte pour les coûts d’emprunt des entreprises. La persistance de l’inflation, les importants besoins de financement des États et les fortes incertitudes continuent d’exercer une pression à la hausse sur les rendements à long terme, avec peu de perspectives d’amélioration à court terme.

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Résumé
  • Les rendements des obligations d’État ont fortement augmenté aux États-Unis et en Europe, sous l’effet des inquiétudes liées à l’inflation, des besoins élevés de financement des États, de la hausse de la dette publique et des tensions géopolitiques.
  • La hausse des rendements obligataires entraîne une augmentation du coût du financement dans l’ensemble de l’économie, rendant l’accès au crédit plus coûteux pour les États, les entreprises et les ménages.
  • Les entreprises pourraient être confrontées à une baisse des investissements, à un affaiblissement de la demande des consommateurs et à des conditions de financement plus strictes, la hausse des rendements pesant sur les dépenses et les marges.
  • Alors que l’inflation reste élevée, que les États continuent de recourir massivement à l’emprunt et que les incertitudes géopolitiques persistent, les rendements obligataires devraient rester élevés, augmentant ainsi le risque de retards de paiement et de défaillances d’entreprises.
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