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Les tensions au Moyen-Orient pèsent sur l’économie mondiale

Les tensions au Moyen-Orient ont redessiné le paysage mondial en 2026, perturbant les marchés de l'énergie et le commerce, entraînant une hausse des défaillances et provoquant des bouleversements au niveau des ...
16 Jun 2026
6 mins

Le 28 février 2026, une série de frappes menées par les États-Unis sur le territoire iranien a marqué un tournant dans la dynamique du Moyen-Orient. Destinée à neutraliser une menace stratégique, l’opération a déclenché une série d’événements qui a profondément modifié les flux commerciaux mondiaux. En quelques jours, l’Iran a transformé le détroit d’Ormuz, l’une des principales voies de circulation du commerce mondial, en point de tension majeur. Les conséquences immédiates se sont traduites par une forte hausse des prix de l’énergie et d’importantes perturbations du transport maritime.

Les évolutions récentes laissent entrevoir un recul progressif des tensions encore fragile, avec la mise en place d’un accord préliminaire et un passage de l’affrontement militaire à des négociations complexes, malgré la persistance de risques importants. Dans notre scénario central, nous considérons que cet accord préliminaire permettra une reprise progressive du trafic dans le détroit d’Ormuz. Toutefois, si la crise devait se prolonger, son impact sur l’inflation pourrait être plus durable et entraîner un ralentissement économique mondial plus marqué.

Un ralentissement alimenté par les prix de l’énergie et l’incertitude

La croissance mondiale devrait ralentir à 2,4 % en 2026, un niveau inférieur à la moyenne observée depuis la pandémie. Cette évolution reste contrastée selon les régions : la croissance des économies avancées devrait s’établir autour de 1,5 %, tandis que les économies émergentes devraient progresser de 3,7 %, faisant preuve d’une plus grande résilience tout en restant en deçà de leurs niveaux historiques. Ce ralentissement s’explique principalement par la hausse des prix de l’énergie, les perturbations du transport maritime et un niveau d’incertitude élevé. Les économies importatrices de matières premières et présentant des fragilités structurelles préexistantes sont particulièrement exposées à ces pressions.

La forte baisse du trafic a fait grimper les coûts de l’énergie et perturbé les chaînes d’approvisionnement, pesant sur l’activité économique mondiale. Parallèlement, le commerce mondial ralentit après une année 2025 dynamique.

Theo Smid

Selon Theo Smid, Senior Economist chez Atradius « Le détroit d’Ormuz joue un rôle central dans cette situation. Cette voie maritime stratégique assure environ un quart du commerce mondial de pétrole et un cinquième des flux mondiaux de GNL. Son importance s’étend également aux engrais, aux carburants raffinés et à des métaux industriels comme l’aluminium, essentiels à de nombreux secteurs. La forte baisse du trafic a entraîné une hausse des coûts de l’énergie et perturbé les chaînes d’approvisionnement, pesant sur l’activité économique mondiale. Dans le même temps, le commerce international ralentit après une année 2025 dynamique. La hausse des coûts, l’incertitude persistante et l’affaiblissement de la demande assombrissent les perspectives. »

Le retour de l’inflation, sous contrôle

Le conflit a provoqué une nouvelle accélération de l’inflation, qui devrait atteindre 4,8 % au niveau mondial en 2026. La hausse des prix de l’énergie en est le principal moteur, renforcée par ses effets indirects sur l’industrie manufacturière et les transports. Toutefois, ce choc inflationniste devrait rester plus limité que celui observé en 2022. Le ralentissement de la demande, un marché de l’emploi moins tendu et des perturbations plus contenues des chaînes d’approvisionnement en atténuent les effets.

L’environnement monétaire devient ainsi plus complexe. La récente décision de la Banque centrale européenne de relever ses taux directeurs pour la première fois depuis trois ans afin de contenir les pressions inflationnistes liées au conflit au Moyen-Orient illustre cette évolution. Les banques centrales devraient rester prudentes, en reportant d’éventuelles baisses de taux et, si nécessaire, en poursuivant leur resserrement monétaire. L’inflation pourrait toutefois reculer l’an prochain, offrant davantage de marge de manœuvre aux banques centrales. L’incertitude demeure cependant élevée, surtout si la crise au Moyen-Orient se prolonge. Dans ce scénario, des prix de l’énergie durablement élevés pourraient conduire les banques centrales à maintenir ou relever leurs taux afin de préserver la stabilité des anticipations d’inflation.

Les pays du Golfe : un impact à court terme, une résilience durable

Selon Roeland Punt, CEO d'Atradius Moyen-Orient, « Au Moyen-Orient, la volatilité fait partie de l’environnement économique. L’enjeu réside dans la capacité à l’absorber et à la gérer. Si les perturbations des échanges se répercutent sur les coûts, la liquidité et les comportements de paiement, la région répond avec rigueur, résilience et agilité. Les entreprises privilégient davantage des décisions fondées sur les données, en mettant l’accent sur la continuité de leurs activités et leur solidité financière plutôt que sur la seule croissance. Cette approche renforce la capacité de la région à faire face à l’incertitude tout en préservant son rôle de pôle commercial stable. »

Au Moyen-Orient, la volatilité fait partie de l’environnement économique. L’enjeu réside dans la capacité à l’absorber et à la gérer. Si les perturbations des échanges se répercutent sur les coûts, la liquidité et les comportements de paiement, la région répond avec rigueur, résilience et agilité.

Roeland Punt

L’impact économique sur les pays du Golfe est significatif à court terme. La région devrait désormais enregistrer une contraction en 2026, alors que de solides perspectives de croissance étaient initialement attendues. Toutefois, les fondamentaux économiques demeurent robustes. La plupart des pays bénéficient d’un faible niveau d’endettement public, de marges budgétaires importantes et de systèmes financiers bien capitalisés.

Les gouvernements renforcent activement leur résilience. Les investissements dans les infrastructures, les routes commerciales alternatives et les capacités stratégiques s’accélèrent. Ces initiatives visent à réduire la dépendance aux points de passage sensibles et à consolider la stabilité à long terme.

Selon Niels de Hoog, Senior Economist chez Atradius, « La crise au Moyen-Orient redessine l’équilibre régional. La décision des Émirats arabes unis de quitter l’OPEP reflète une volonté accrue d’autonomie dans la gestion de leur production, marquant une évolution des mécanismes traditionnels de coordination vers une dynamique plus concurrentielle dans la région. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large, où les pays cherchent à renforcer leur maîtrise de leur trajectoire économique et stratégique. Les États du Golfe gèrent avec prudence les risques géopolitiques. Leur priorité reste de préserver leur position de pôles économiques stables, en évitant toute escalade tout en renforçant leurs capacités de défense et leur indépendance économique. »

Les États du Golfe gèrent avec prudence les risques géopolitiques. Leur priorité reste de préserver leur position de pôles économiques stables, en évitant toute escalade tout en renforçant leurs capacités de défense et leur indépendance économique.

Niels de Hoog

Les investissements dans les infrastructures numériques se poursuivent dans l’ensemble de la région, même si les tensions géopolitiques conduisent à une prise de décision plus prudente et à une évaluation plus rigoureuse des risques. Cette situation ne remet pas en cause les ambitions régionales. Le Moyen-Orient conserve de solides atouts structurels, notamment l’accès à une énergie compétitive, à des capitaux abondants et à un fort soutien des pouvoirs publics. Plutôt que de freiner la dynamique d’investissement, le contexte actuel en transforme les orientations et les priorités.

« Avant le conflit, des pays comme les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar rivalisaient activement pour s’imposer comme des pôles mondiaux de l’intelligence artificielle, en investissant massivement dans les infrastructures numériques et en attirant les principaux acteurs technologiques. Toutefois, les récentes attaques visant des centres de données ont mis en lumière une nouvelle source de vulnérabilité. Ces installations ne sont plus seulement des actifs commerciaux : elles sont désormais considérées comme des infrastructures critiques. Dans ce contexte, le risque géopolitique occupe désormais une place beaucoup plus importante dans les décisions d’investissement. » précise de Hoog.

Avant le conflit, des pays comme les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar rivalisaient activement pour s’imposer comme des pôles mondiaux de l’intelligence artificielle, en investissant massivement dans les infrastructures numériques et en attirant les principaux acteurs technologiques

Niels de Hoog

La crise a également révélé les vulnérabilités du commerce mondial. Les perturbations des routes maritimes, affectant près de 2 000 navires, ont mis en évidence la fragilité de certaines chaînes d’approvisionnement stratégiques. En réponse, les entreprises et les gouvernements ne se contentent pas de résoudre les difficultés immédiates : ils accélèrent également la diversification des routes commerciales et la réorganisation des réseaux logistiques. Une tendance structurelle se dessine clairement, avec une convergence entre politiques énergétiques, enjeux géopolitiques et chaînes d’approvisionnement autour de trois priorités : la résilience, la flexibilité et la réduction de la dépendance à des points de passage uniques.

Les tensions persistent pour les entreprises

Dans ce contexte, les défaillances d’entreprises dans le monde devraient progresser de 3 % en 2026, sous l’effet de coûts durablement élevés, de conditions de financement plus restrictives, d’une demande affaiblie et de marges sous pression. Un recul est attendu en 2027, mais il dépendra d’une normalisation des marchés de l’énergie et d’un apaisement des tensions géopolitiques. À ce stade, l’environnement économique s’apparente davantage à une phase de stabilisation qu’à une véritable reprise, ce qui renforce l’importance d’un suivi attentif de la situation financière de chaque client.

Dans notre scénario central, une détente progressive des tensions favoriserait une baisse des prix de l’énergie et une reprise modérée de l’activité économique à partir de 2027. Toutefois, les risques baissiers restent importants. Une perturbation prolongée pourrait alimenter l’inflation, durcir les conditions financières et accentuer le ralentissement de l’économie mondiale.

Au-delà des effets conjoncturels, les évolutions actuelles accélèrent plusieurs transformations structurelles : diversification des chaînes d’approvisionnement, recomposition des équilibres énergétiques mondiaux et intégration accrue de la résilience dans les décisions d’investissement. Pour les entreprises, le constat est clair : la résilience n’est plus une option, mais un pilier essentiel de la stratégie dans un environnement où le risque géopolitique est devenu plus durable et plus systémique.

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Résumé
  • La croissance mondiale ralentit à 2,4 % en 2026, avec une progression de 1,5 % dans les économies avancées et de 3,7 % dans les économies émergentes. La hausse des coûts de l’énergie, les perturbations des échanges commerciaux et l’incertitude pèsent sur la demande.
  • L’inflation mondiale atteint 4,8 % en 2026, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et d’effets de second tour limités. Dans un contexte d’incertitude persistante et de risques orientés à la hausse, les banques centrales maintiennent une approche prudente.
  • Les économies du Golfe devraient se contracter en 2026 malgré des fondamentaux solides. Les gouvernements poursuivent leurs investissements dans la diversification économique tout en renforçant leur résilience face à un environnement géopolitique plus complexe.
  • Les défaillances d’entreprises devraient augmenter de 3 % en 2026, sous l’effet de coûts plus élevés et de conditions de financement plus restrictives. Un redressement en 2027 dépendrait d’un apaisement des tensions et d’une stabilisation des marchés de l’énergie.
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