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Etudes économiques

IA : les risques d’une chaîne d’approvisionnement concentrée

Les économies asiatiques dominent la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’intelligence artificielle. Très concentrée, cette chaîne d’approvisionnement est particulièrement exposée aux risques de perturbation.
18 Aug 2026

Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le commerce des biens contribuant au développement de l’intelligence artificielle (IA) est devenu l’un des principaux moteurs de la croissance des échanges mondiaux. En 2024, les exportations mondiales de ces biens ont atteint 3 100 milliards de dollars, soit un volume trois fois supérieur à celui enregistré dix ans plus tôt. En 2025, elles ont représenté environ un tiers de la croissance du commerce mondial.

Aujourd’hui, la production des équipements matériels indispensables à l’IA ainsi que l’approvisionnement en matières premières stratégiques sont concentrés entre un nombre limité d’entreprises et de pays. À titre d’exemple, les fabricants de matériel d’IA contrôlent collectivement plus de 80 % du marché mondial des puces dédiées à l’IA. La production repose notamment sur NVIDIA, entreprise américaine spécialisée dans la conception de puces, sur ASML aux Pays-Bas, qui fabrique les machines de lithographie EUV (ultraviolet extrême), et sur TSMC à Taïwan, leader de la fabrication des puces d’IA les plus avancées.

L’augmentation des capacités de calcul, le développement des infrastructures cloud et l’essor des centres de données dépendent d’un accès continu à des matières premières, des composants intermédiaires et des équipements spécialisés provenant du monde entier. Toutefois, la concentration de la production et de l’approvisionnement entre un nombre restreint de pays et d’entreprises expose la chaîne d’approvisionnement de l’IA à des risques de perturbation, qu’ils soient liés à des droits de douane, des restrictions à l’exportation ou des contraintes logistiques.

Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de recours accru aux politiques technologiques comme leviers stratégiques, les perturbations des flux commerciaux liés à l’IA pourraient se multiplier. L’Europe apparaît à cet égard relativement vulnérable, entre une Asie qui domine la production de puces électroniques, notamment à Taïwan, ainsi que les exportations de terres rares, principalement en Chine, et les États-Unis qui conservent leur avance dans les logiciels, les infrastructures cloud et la conception de puces. De telles perturbations pourraient accentuer la fracture numérique entre les pays situés à la frontière de l’innovation technologique et ceux qui dépendent des échanges internationaux pour accéder aux technologies d’IA.

La chaîne d’approvisionnement de l’IA

Bien qu’il n’existe pas de définition universellement reconnue de l’intelligence artificielle, celle-ci désigne généralement des technologies capables de produire des recommandations, des contenus ou des décisions à partir de données d’entrée, avec un degré variable d’intervention humaine. Contrairement aux logiciels traditionnels, ces systèmes peuvent apprendre à partir des données, adapter leur comportement et évoluer au fil du temps. (voir l'encadré : « Qu'est-ce que l'IA ? »).

Qu'est-ce que l'IA ?

L’intelligence artificielle (IA) désigne la science et l’ingénierie visant à concevoir des systèmes numériques capables d’exécuter des tâches généralement associées à l’intelligence humaine. Ces capacités sont souvent acquises par apprentissage plutôt que directement programmées. Le développement de l’IA repose sur trois éléments techniques clés, souvent appelés le « triangle de l’IA » : les données, les algorithmes et la puissance de calcul. À ces éléments s’ajoute le capital humain, qui apporte l’expertise scientifique et technique nécessaire à leur mise en œuvre afin de créer des modèles entraînés.

Les données, les algorithmes, la puissance de calcul et le capital humain jouent chacun un rôle essentiel dans le développement et le déploiement de l’IA. Les données constituent la matière première traitée par la puissance de calcul. Les algorithmes définissent les opérations appliquées aux données pour produire des capacités d’IA. Ils correspondent au code source qui détermine aussi bien l’architecture des modèles que les méthodes utilisées pour leur entraînement. La puissance de calcul, ainsi que les matériels et logiciels associés, fournit l’infrastructure nécessaire à l’exécution de ces algorithmes. Enfin, le capital humain est indispensable à la création des données, des algorithmes et des ressources informatiques, ainsi qu’à la conduite du processus d’entraînement.

La plupart des avancées actuelles de l’IA reposent sur une technologie appelée réseaux neuronaux artificiels. Une fois entraîné, un modèle fondé sur ces réseaux est capable d’accomplir différentes tâches, comme écrire du code informatique, générer des images ou analyser des données issues du monde réel. 

Les produits et services liés à l’IA reposent sur une chaîne d’approvisionnement complexe. À sa base se trouvent la puissance de calcul et les équipements spécialisés, notamment les microprocesseurs et les puces mémoire à large bande passante, ainsi que les matières premières stratégiques nécessaires à leur fabrication. Ces technologies sont conçues pour exécuter les calculs intensifs requis pour l’entraînement et le fonctionnement des modèles d’IA.

Red table showcasing the progression of the  AI supply chain, starting from Hardware to AI applications

Au-dessus de cette couche matérielle se trouve l’infrastructure, qui comprend les centres de données et les services cloud permettant de développer, stocker et exploiter les modèles d’IA. La couche suivante est constituée des données d’entraînement et des outils de gestion des données. Elle regroupe de vastes ensembles de données multimodales, incluant des textes, des images, des contenus audio et vidéo, provenant de sources publiques et privées.

La puissance de calcul, les infrastructures cloud et les données alimentent ensuite le marché des modèles fondamentaux. Il s’agit de grands modèles d’IA préentraînés pouvant être adaptés à un large éventail d’usages. Enfin, la dernière couche de la chaîne d’approvisionnement est composée des applications d’IA destinées aux utilisateurs, qui exploitent ces modèles pour des usages spécifiques.

L’Asie domine la chaîne d’approvisionnement de l’IA

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a établi une liste d’environ 100 catégories de produits contribuant au développement et à la production des technologies d’intelligence artificielle. Ces biens se répartissent en trois grandes catégories :

  • Les matières premières, qui comprennent notamment les éthers acycliques et leurs dérivés, le palladium et les silicones ;
  • Les composants intermédiaires, tels que les processeurs et les puces mémoire ;
  • Les équipements, qui regroupent les outils et machines spécialisés utilisés pour le développement et le déploiement de l’IA, comme les commutateurs réseau, les routeurs, les serveurs et les équipements de fabrication de semi-conducteurs.

Nombre de ces biens ont des usages multiples et ne sont pas exclusivement destinés à l’intelligence artificielle. Ils couvrent également les technologies de l’information, les équipements informatiques et les composants destinés à l’industrie de pointe. Dans le reste de ce rapport, nous utiliserons cette définition lorsque nous évoquerons les biens liés à l’IA.

Avec 65 % des exportations mondiales recensées de biens liés à l’IA, les économies asiatiques occupent une place centrale dans la chaîne d’approvisionnement mondiale. Les principaux exportateurs se situent en Asie de l’Est, notamment en Chine, à Hong Kong, à Taïwan, à Singapour et en Corée du Sud. Les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas figurent également parmi les principaux exportateurs de ces biens en Amérique du Nord et en Europe.

Malgré la taille relativement modeste de son économie, les Pays-Bas se classent au onzième rang mondial des exportateurs de biens liés à l’IA en valeur. Leur principal produit d’exportation dans ce domaine est l’équipement de fabrication de semi-conducteurs, produit localement par l’entreprise ASML.

Graph showing the AI enabling goods export value per country in 2024

À l’échelle mondiale, les composants intermédiaires (2,4 billions de dollars) et les équipements liés à l’IA (721 milliards de dollars) représentent la majeure partie des exportations en valeur. À l’inverse, les matières premières et les produits chimiques transformés ne représentent qu’une part beaucoup plus faible, avec 48 milliards de dollars d’exportations.

Dans les catégories analysées, les exportations sont fortement concentrées tout au long de la chaîne d’approvisionnement des biens liés à l’IA. Les 15 principaux pays exportateurs représentent entre 85 % et 90 % des exportations mondiales dans chacune de ces catégories.

Graph showing the share of each country in AI exports by category

De plus, le niveau de concentration augmente légèrement à mesure que l’on remonte la chaîne d’approvisionnement. Cela indique que les activités les plus avancées sur le plan technologique sont réalisées par un nombre encore plus restreint d’économies (graphique 3).

Les économies asiatiques occupent une place particulièrement importante dans les catégories des composants intermédiaires et des équipements, représentant respectivement 70 % et 58 % des exportations mondiales. À elle seule, la Chine représente 18 % des exportations de composants intermédiaires et 27 % des exportations d’équipements. Elle est également la seule économie asiatique à détenir une part significative des exportations de produits chimiques et de matières premières, avec 18 % du total mondial de cette catégorie.

Les pays d’Amérique du Nord et d’Europe affichent, de manière relativement surprenante, la plus forte présence dans les exportations de matières premières et de produits chimiques. Ils représentent plus de la moitié (55 %) des exportations mondiales de cette catégorie, les États-Unis comptant à eux seuls pour 21 % du total. Cela ne remet toutefois pas en cause le rôle central des économies asiatiques, en particulier de la Chine, dans l’approvisionnement de certaines matières premières stratégiques pour la chaîne de valeur de l’IA, notamment le gallium, le germanium et le carbure de silicium, même lorsque leur valeur à l’exportation reste relativement limitée. Dans les deux autres catégories, les composants intermédiaires et les équipements, les pays d’Amérique du Nord et d’Europe jouent un rôle beaucoup moins important, représentant environ un quart des exportations mondiales dans chacune d’elles. Les Pays-Bas font figure d’exception : malgré la taille relativement modeste de leur économie, ils représentent 7 % des exportations mondiales d’équipements liés à l’IA.

La dépendance aux exportations de biens liés à l’IA est particulièrement élevée dans certaines économies qui occupent une position dominante au sein de la chaîne d’approvisionnement. Taïwan et Hong Kong sont les plus exposés, avec respectivement 65 % et 56 % de leurs exportations constituées de biens liés à l’IA. Viennent ensuite les Philippines (45 %), Singapour (41 %) et la Malaisie (39 %). À l’inverse, cette concentration est nettement plus modérée en Chine (18 %) et aux États-Unis (13 %).

Red graph showing AI enabling goods total exports 2024

Matières premières et produits chimiques

La valeur totale des exportations de matières premières et de produits chimiques liés à l’IA s’est élevée à 48 milliards de dollars en 2024. Les catégories de produits les plus importantes en valeur sont :

  • Les éthers acycliques et leurs dérivés ;
  • Le palladium sous forme brute ou en poudre ;
  • Les silicones sous leurs formes primaires.

À elles seules, ces trois catégories représentent 27 milliards de dollars, soit 56 % de la valeur totale des exportations de cette catégorie. Les éthers acycliques et leurs dérivés (11 milliards de dollars) constituent un composant chimique essentiel à la fabrication des microprocesseurs avancés qui alimentent l’IA. Les principaux exportateurs de ce produit sont la Chine, les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Pays-Bas. Le palladium sous forme brute ou en poudre (9 milliards de dollars) joue un rôle clé dans les semi-conducteurs grâce à sa résistance à la corrosion et à l’oxydation. Il est utilisé comme revêtement protecteur et dans les connexions métalliques qui relient les puces électroniques aux circuits imprimés. Les principaux exportateurs sont les États-Unis, l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni. Les silicones sous leurs formes primaires (7 milliards de dollars) sont utilisés pour la gestion thermique et le conditionnement des puces d’IA, contribuant à leur protection et à leur refroidissement. La Chine, les États-Unis et le Japon figurent parmi les principaux exportateurs.

Pour la plupart des pays exportateurs, cette catégorie ne représente qu’une part limitée des exportations totales de marchandises. L’Afrique du Sud fait exception, les matières premières et produits chimiques liés à l’IA représentant 2,4 % de ses exportations totales de biens, en raison de son rôle majeur dans les exportations de palladium.

Composants intermédiaires

Les composants intermédiaires regroupent les produits transformés ou semi-transformés utilisés dans la fabrication des semi-conducteurs. Les trois principales catégories de produits sont toutes liées aux circuits intégrés électroniques :

  • Les processeurs et contrôleurs ;
  • Les autres circuits intégrés électroniques ;
  • Les mémoires.

Ensemble, ces trois catégories représentent 995 milliards de dollars d’exportations, soit 42 % de la valeur totale de cette catégorie. Les pays d’Asie de l’Est dominent largement les exportations de composants intermédiaires utilisés dans le développement de l’IA. Les processeurs et contrôleurs (376 milliards de dollars) sont des composants indispensables au traitement des données et aux calculs des systèmes d’IA. Ils comprennent notamment les circuits intégrés utilisés dans les processeurs graphiques (GPU) servant à entraîner les modèles d’IA à grande échelle. Les principaux exportateurs sont Hong Kong, Singapour et la Chine. Les autres circuits intégrés électroniques (365 milliards de dollars) regroupent des composants indispensables aux fonctions de stockage, de traitement et de communication des équipements d’IA. Ils incluent notamment des puces réseau spécialisées et des composants de gestion de l’alimentation qui permettent aux infrastructures d’IA de fonctionner efficacement. Le commerce de cette catégorie est fortement concentré : Taïwan représente à lui seul 27 % des exportations mondiales, devant Hong Kong et Singapour. Les mémoires (254 milliards de dollars) assurent l’alimentation continue en données des processeurs graphiques, limitant les ralentissements liés aux temps d’accès mémoire lors de l’entraînement des modèles d’IA. Les principaux exportateurs sont la Corée du Sud, la Chine et Hong Kong.

Les composants intermédiaires représentent une part importante des exportations totales de marchandises dans plusieurs économies asiatiques. Ils comptent pour environ 50 % des exportations totales de Hong Kong et de Taïwan. La Malaisie (33 %), Singapour (32 %) et la Corée du Sud (26 %) affichent également une forte dépendance aux exportations de composants utilisés dans la chaîne d’approvisionnement de l’IA.

Équipements liés à l’IA

Les équipements liés à l’IA regroupent les outils et machines spécialisés utilisés pour le développement et le déploiement de l’intelligence artificielle. Les principales catégories de produits, en valeur d’exportation, sont :

  • Les équipements de communication (commutateurs réseau, routeurs, etc.) ;
  • Les équipements portables de traitement automatique des données, notamment les ordinateurs portables et les tablettes ;
  • Les équipements de traitement automatique des données, comme les serveurs et les cartes mères.

Ces trois catégories représentent 453 milliards de dollars d’exportations, soit 63 % de la valeur totale de cette catégorie. Les équipements de communication (178 milliards de dollars), tels que les commutateurs réseau et les routeurs, sont indispensables aux systèmes d’IA qui reposent sur des échanges de données rapides, le cloud computing et les appareils connectés. Les principaux exportateurs sont la Chine, les États-Unis, Hong Kong, les Pays-Bas et le Mexique. Les équipements portables de traitement automatique des données (146 milliards de dollars) comprennent notamment les ordinateurs portables et les tablettes. Ces appareils servent au développement, aux tests ou à l’exécution locale de modèles d’IA légers, ainsi qu’à l’accès aux outils d’IA. La Chine domine largement les exportations de cette catégorie avec 102 milliards de dollars. Les équipements de traitement automatique des données (129 milliards de dollars), tels que les serveurs et les cartes mères, sont utilisés pour la conception, la vérification, l’optimisation, le débogage et les tests des semi-conducteurs.

Bien que leur poids soit inférieur à celui des composants intermédiaires, les équipements liés à l’IA peuvent représenter une part importante des exportations de certains pays. Taïwan (9 %), le Mexique (8 %), la Thaïlande (7 %) et les Pays-Bas (7 %) figurent parmi les économies les plus dépendantes de ces exportations. Les Pays-Bas jouent un rôle majeur en tant que plateforme de réexportation d’équipements de communication et comme exportateur d’équipements de fabrication de semi-conducteurs produits localement. Cette position s’explique notamment par la présence de l’entreprise ASML, seul fabricant mondial de machines de lithographie EUV utilisées pour produire les puces d’IA les plus avancées.

Deux exemples de concentration dans la chaîne d’approvisionnement

Le matériel dédié à l’IA repose sur une chaîne d’approvisionnement extrêmement concentrée. La grande majorité des puces d’IA les plus avancées est fabriquée par une seule entreprise, TSMC à Taïwan, qui dépend elle-même des machines de lithographie EUV produites exclusivement par ASML aux Pays-Bas. D’autres maillons de la chaîne sont également dominés par un nombre restreint d’acteurs. C’est notamment le cas de la conception des GPU pour centres de données, où l’entreprise américaine NVIDIA détient plus de 80 % du marché, ainsi que des services de cloud computing, concentrés entre quelques grands fournisseurs.

L’extraction et la transformation de matières premières stratégiques comme le gallium, le germanium et les terres rares, indispensables aux semi-conducteurs de haute performance et aux accélérateurs d’IA, sont également concentrées dans un petit nombre de pays. La production de palladium, métal précieux utilisé dans la fabrication et l’assemblage des semi-conducteurs, est ainsi principalement concentrée en Russie et en Afrique du Sud. Ces deux pays représenteraient à eux seuls 80 % à 90 % de l’offre mondiale.

De même, le germanium et le silicium de haute pureté, indispensables à la fabrication des semi-conducteurs, disposent de très peu de sources d’approvisionnement alternatives. Toute perturbation commerciale affectant ces produits pourrait donc avoir des répercussions rapides sur la production de puces d’IA. La Chine domine actuellement la production de gallium et de germanium, tandis que la production de silicium de haute pureté est principalement assurée par l’Allemagne, les États-Unis et le Japon.

Pour illustrer cette concentration, deux exemples sont présentés. Le premier porte sur les équipements de fabrication des semi-conducteurs. Le second concerne les puces elles-mêmes, et plus particulièrement les processeurs les plus avancés utilisés pour entraîner les modèles d’IA, communément appelés GPU (processeurs graphiques).

Exemple 1 : Les machines de fabrication des semi-conducteurs

Le code douanier harmonisé HS 848620 désigne les machines et équipements destinés exclusivement ou principalement à la fabrication de semi-conducteurs. Le premier exportateur mondial de cette catégorie sont les Pays-Bas, où est implantée l’entreprise ASML, actuellement seule au monde capable de produire des machines de lithographie EUV. Ces équipements sont indispensables à la fabrication des puces d’IA les plus avancées, notamment celles conçues par NVIDIA. Le Japon, Singapour et les États-Unis figurent également parmi les principaux exportateurs de cette catégorie. Toutefois, aucun de ces pays ne fabrique les machines de lithographie EUV les plus avancées. Le graphique 5 montre la répartition des exportations d’équipements de fabrication de semi-conducteurs entre les principaux pays exportateurs de puces électroniques.

Chart showing the flow of global exports equipment to top chip producers

Exemple 2 : Autres unités de machines de traitement automatique des données

Au cours des dernières années, la demande de puces destinées à l’IA a connu une croissance spectaculaire. Ces puces sont majoritairement conçues par NVIDIA, qui détient plus de 80 % du marché, et fabriquées à Taïwan. Taïwan classe les processeurs graphiques (GPU) utilisés pour entraîner les modèles d’IA sous le code douanier HS 847180. L’analyse des principaux exportateurs relevant de cette catégorie montre que Taïwan représente une part très importante de ce segment de marché. Les États-Unis constituent la principale destination de ces exportations, car ils concentrent la majorité des centres de données et des infrastructures d’entraînement de l’intelligence artificielle dans le monde (figure 6). Il existe toutefois une différence de classification administrative bien documentée : les États-Unis enregistrent les GPU importés en tant que produits autonomes sous le code HS 847330. Ainsi, un même flux commercial est comptabilisé sous des codes produits différents par Taïwan et les États-Unis.

Chart of global exports of other automatic data 2024

À mesure que l’adoption de l’intelligence artificielle s’étend à l’ensemble de l’économie, la demande pour les produits et composants qui la rendent possible progresse rapidement. Bien que la chaîne d’approvisionnement des technologies d’IA soit complexe et mondialisée, un nombre limité de pays domine chaque étape de cette chaîne de valeur. Les 15 principaux pays exportateurs représentent entre 85 % et 90 % des exportations mondiales à chaque étape majeure de la chaîne d’approvisionnement de l’IA. Pour certaines matières premières critiques, certains équipements de fabrication de semi-conducteurs et les puces d’IA les plus avancées, cette concentration est encore plus élevée. À travers deux exemples de chaînes d’approvisionnement particulièrement concentrées, nous avons montré que, pour certains produits stratégiques, une poignée de pays assure la quasi-totalité de l’offre mondiale. Cette forte concentration met en évidence la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA face aux perturbations des échanges commerciaux.

Résumé
  • Les biens biens contribuant au développement de l’IA, occupent une place croissante dans le commerce mondial. Leur volume d’échanges a triplé au cours des dix dernières années et représente désormais un tiers du commerce mondial.
  • Les chaînes d’approvisionnement de l’IA sont fortement concentrées. Les économies asiatiques dominent la chaîne d’approvisionnement mondiale, avec une concentration des principaux exportateurs en Asie de l’Est, notamment en Chine, à Hong Kong, à Taïwan, à Singapour et en Corée du Sud. En Amérique du Nord et en Europe, les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas figurent également parmi les principaux exportateurs de biens liés à l’IA.
  • La concentration est particulièrement élevée pour certains équipements stratégiques de l’IA. À travers deux exemples de chaînes d’approvisionnement très concentrées, nous montrons que, pour certains produits critiques, une poignée de pays assure la quasi-totalité de l’offre mondiale.
  • Cette concentration rend les chaînes d’approvisionnement de l’IA vulnérables aux perturbations. Dans la mesure où la plupart des économies dépendent du commerce pour accéder aux composants et technologies essentiels, les barrières commerciales, les restrictions à l’exportation et les difficultés logistiques pourraient accentuer la fracture numérique entre les pays à la pointe de l’innovation et ceux qui dépendent des technologies d’IA importées.
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