Aperçu mondial
Un secteur fortement affecté par le conflit dans le Golfe, en particulier le transport aérien
Avant le déclenchement du conflit dans le Golfe, nous anticipions une croissance de 3,4 % de l’activité mondiale du secteur du transport et de la logistique en 2026. Nous avons toutefois dû réviser cette prévision à la baisse, à 2,5 %.
Les performances du secteur cette année sont affectées par deux principaux facteurs défavorables. Tout d’abord, le ralentissement de la croissance économique mondiale, dans un contexte de prix élevés de l’énergie, pèse sur la confiance des consommateurs et le pouvoir d’achat des ménages. Par ailleurs, le resserrement monétaire lié aux pressions inflationnistes maintient les coûts de financement à un niveau élevé et freine les investissements. Cette situation se traduit par une baisse de la demande de transport de marchandises et de voyageurs cette année.
Deuxièmement, un secteur particulièrement dépendant des hydrocarbures. Le secteur du transport et de la logistique est nettement plus dépendant du pétrole que la plupart des autres secteurs d’activité. Dans ce contexte, la baisse de la demande s’est accompagnée d’une forte hausse des prix et d’une réduction des capacités disponibles. Les évolutions récentes laissent penser que le conflit dans le Golfe pourrait entrer dans une phase de désescalade fragile. La principale interrogation concerne désormais la rapidité avec laquelle le détroit d’Ormuz retrouvera un fonctionnement normal. Les flux physiques devraient reprendre progressivement plutôt qu’immédiatement. Le principal frein devrait davantage résider dans les capacités de transport maritime, les conditions d’assurance et la confiance des opérateurs que dans les capacités de production pétrolière elles-mêmes.
Les incertitudes entourant la mise en œuvre et l’application de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que d’éventuelles divergences sur des enjeux de long terme, devraient maintenir une forte volatilité sur les marchés du pétrole et des matières premières au cours des prochaines semaines.
Le transport aérien est le segment le plus affecté par le conflit dans le Golfe. La prévision de croissance pour 2026 a ainsi été révisée à la baisse, passant de 4,3 % à 1,4 %. Nous prévoyons une contraction de 38 % du trafic passagers au Moyen-Orient cette année, un recul particulièrement marqué pour une région qui a enregistré ces dernières années une forte progression des arrivées internationales et du trafic de correspondance entre l’Asie et l’Europe.
Face à la forte hausse du prix du kérosène (+95 % à l’échelle mondiale), les compagnies aériennes réduisent leurs capacités de vol, tandis qu’une partie des voyageurs renonce à se déplacer par avion cette année. Nous n’anticipons toutefois pas de pénuries majeures de kérosène dans les principaux hubs aériens d’Europe, d’Amérique du Nord ou d’Asie. Les raffineries mondiales ont fortement accru leur production afin de tirer parti de la hausse des prix, tandis que les pouvoirs publics ont pris des mesures pour renforcer l’offre disponible.
Les marchés émergents soutiendront la croissance à long terme
Afin de renforcer la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement, les entreprises pourraient être amenées à maintenir des niveaux de stocks plus élevés à titre de précaution. Nous anticipons par conséquent une demande accrue pour les entrepôts et les capacités de stockage. Parallèlement, le segment du fret aérien bénéficie d’une forte demande pour les livraisons urgentes ainsi que de l’essor du commerce électronique. À plus long terme, les marchés émergents d’Asie-Pacifique, d’Afrique et d’Amérique du Sud devraient constituer les principaux moteurs de la croissance mondiale du transport et de la logistique. Cette dynamique est particulièrement visible en Chine et en Inde, les deux pays les plus peuplés au monde, qui investissent massivement dans leurs infrastructures et leurs réseaux de transport.
États-Unis
Une croissance modérée dans un contexte commercial difficile
Le secteur américain du transport et de la logistique évolue dans un environnement complexe. Après une croissance de 1,6 % en 2025, nous prévoyons une progression limitée de l’activité à 1,3 % cette année. Le ralentissement du commerce international, les incertitudes liées aux droits de douane et une demande d’importations moins dynamique pèsent sur les volumes transportés, tandis que la hausse des coûts du carburant, de l’assurance et de la conformité réglementaire continue de comprimer les marges du transport routier, aérien et maritime.
La croissance de l’activité portuaire devrait stagner en 2026, la hausse anticipée des importations liée aux droits de douane s’essoufflant dans un contexte d’incertitude persistante sur la politique commerciale. Un taux effectif de droits de douane proche de 10 % continue de freiner les échanges transpacifiques et la demande d’importations à court terme. La hausse des coûts de transport et les perturbations géopolitiques limitent également les volumes.
Le transport routier constitue le principal mode d’acheminement des marchandises aux États-Unis. L’activité du transport terrestre ne devrait progresser que de 0,8 % en 2026, pénalisée par le ralentissement de la production industrielle et une consommation des ménages moins dynamique. Les contraintes de capacité et la hausse des coûts constituent également des défis importants. La baisse de la demande de transport longue distance n’est que partiellement compensée par la résilience du transport régional et du commerce électronique.
La diminution des échanges avec le Canada et le Mexique affecte le transport routier, qui joue un rôle essentiel dans le commerce transfrontalier au sein de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC). Dans le même temps, les surcapacités héritées des investissements réalisés pendant la période post-Covid continuent de peser sur les prix et les taux d’utilisation. Les pénuries de main-d’œuvre contribuent aux retards et à la hausse des coûts, tandis que les politiques migratoires restrictives pourraient accentuer cette difficulté. Par ailleurs, la hausse des prix du carburant, d’environ 50 % à fin mai 2026 en raison du conflit entre les États-Unis et l’Iran ainsi que l’augmentation des coûts d’assurance et de conformité réglementaire alourdissent les charges d’exploitation. En 2027, le transport terrestre devrait croître de 2,8 %, grâce à une modération attendue des prix des carburants.
Le transport aérien pénalisé par la hausse des coûts du carburant
L’activité du transport aérien américain devrait reculer de 0,1 % en 2026, après une croissance de 3,1 % l’an dernier. La hausse des coûts du carburant augmente les tarifs du fret aérien et leur volatilité, réduisant les marges et limitant les capacités de croissance. Le tourisme international demeure peu dynamique, après une baisse de plus de 5 % des arrivées en 2025. La demande de transport aérien restera soutenue par les besoins logistiques liés aux marchandises à forte contrainte de délai, aux produits périssables et aux biens à forte valeur ajoutée et faible poids. Toutefois, la décision de Washington de supprimer l'exonération douanière applicable aux colis de faible valeur entrant aux États-Unis risque de perturber significativement le fret aérien, en particulier le commerce électronique transfrontalier. Les volumes de fret aérien liés au commerce électronique entre la Chine et les États-Unis ont déjà reculé de plus de 50 %.
À moyen terme, les investissements publics dans les infrastructures devraient soutenir le secteur en améliorant l’efficacité des chaînes d’approvisionnement, en réduisant les coûts et en stimulant la demande de services de transport et de logistique. La croissance du secteur bénéficiera également de l’augmentation des exportations énergétiques américaines et des politiques de relocalisation industrielle.
Chine
Une production industrielle robuste soutient les perspectives du secteur
L’activité du transport et de la logistique en Chine devrait progresser de 4,8 % en 2026 et de 4,9 % en 2027, soutenue par une production industrielle solide, la diversification des exportations et la poursuite de la reprise de la consommation intérieure. La croissance devrait rester généralisée dans les transports terrestre, maritime et aérien, tous les principaux segments affichant une progression annuelle supérieure à 4 % à moyen terme.
Le secteur exportateur chinois continue de faire preuve de résilience malgré un environnement commercial mondial plus fragmenté. Si les tensions géopolitiques et certaines mesures tarifaires demeurent, leurs effets sont en partie compensés par la forte croissance des échanges avec l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient, l’Afrique et certaines régions d’Europe. Cette réorientation progressive des flux commerciaux renforce le rôle de la Chine comme acteur central des chaînes de production mondiales, tandis que sa dépendance au marché américain diminue progressivement.
La Chine monte en gamme dans ses exportations
Les ports chinois, parmi les plus actifs au monde, devraient maintenir un niveau d’activité élevé dans les années à venir grâce à l’augmentation des échanges avec les marchés émergents et aux innovations logistiques portuaires. Le fret aérien bénéficie également des progrès continus en matière de logistique, tandis que la digitalisation renforce l’efficacité opérationnelle et la résilience du secteur. Parallèlement, la Chine progresse dans les segments à plus forte valeur ajoutée. Les véhicules électriques, batteries, composants solaires et équipements industriels avancés occupent une place croissante dans les exportations du pays. Cette évolution stimule les flux logistiques à forte valeur ajoutée ainsi que la demande de solutions de transport spécialisées et de logistique sous température contrôlée.
Nous anticipons également un soutien durable des pouvoirs publics à travers des mesures en faveur des entreprises et des investissements dans les infrastructures nationales et internationales. Ces investissements illustrent la volonté de la Chine de préserver son rôle de plateforme majeure des chaînes logistiques mondiales. L’essor continu du commerce électronique soutient la demande d’entreposage et de services de livraison. La hausse du PIB par habitant et l’augmentation des revenus des ménages devraient également soutenir la demande de transport domestique. Les volumes du transport routier de marchandises devraient progresser de plus de 3 % par an au cours des cinq prochaines années.
Inde
« Make in India » soutient la hausse des volumes de fret
L’activité du transport et de la logistique en Inde devrait croître de 8,9 % en 2026 et de 7,1 % en 2027. Le gouvernement a mis en place plusieurs initiatives destinées à renforcer le secteur manufacturier en améliorant l’environnement des affaires et les infrastructures logistiques. Parmi elles figure le programme « Make in India », qui vise à positionner le pays comme une plateforme industrielle pour les entreprises nationales et internationales. L’expansion des capacités de production devrait soutenir la croissance des volumes de fret à moyen terme. Par ailleurs, l’essor de la classe moyenne indienne stimule la demande de biens de consommation et soutient les transports terrestre, maritime et aérien. Des investissements supplémentaires demeurent toutefois nécessaires pour réduire les inefficacités structurelles et les goulets d’étranglement existants dans les infrastructures de transport.
Japon
Le tourisme reste un moteur essentiel de croissance
Nous prévoyons une croissance de 3,6 % de l’activité du transport et de la logistique au Japon en 2026, puis de 2,3 % en 2027. Le secteur des transports a fait preuve d’une forte résilience face aux différents chocs économiques de ces dernières années et a régulièrement enregistré une croissance supérieure à celle du PIB. Malgré les défis macroéconomiques et la hausse des prix de l’énergie liés à la crise du Golfe, la reprise de l’activité industrielle devrait soutenir le secteur en fin d’année et en 2027. Le tourisme international restera un moteur de croissance important. La faiblesse du yen continue en effet de favoriser l’attractivité du pays auprès des visiteurs étrangers.
Union européenne
Une conjoncture économique atone freine la croissance du secteur
Après une progression de 1,5 % cette année, l’activité du transport et de la logistique dans l’Union européenne devrait ralentir à 0,8 % en 2026. Les perspectives économiques demeurent modestes, avec une croissance attendue de 0,4 %. La reprise industrielle reste lente et la hausse des prix de l’énergie pèse sur le revenu réel des ménages, leur confiance et leurs dépenses. Les exportations devraient rester globalement stables, en raison d’une demande extérieure limitée, des effets persistants des droits de douane américains, du renforcement récent de la concurrence chinoise à l’export et d’une perte continue de parts de marché à l’international. Ces facteurs réduisent la demande de transport, tandis que les entreprises font face à une hausse des coûts du carburant. Une reprise plus marquée du secteur ne devrait pas intervenir avant le début de l’année 2027.
Au sein de la zone euro, l’Allemagne et la France continuent d’afficher les performances les plus faibles, avec une contraction de l’activité. À l’inverse, des pays comme la Grèce et l’Espagne bénéficient du dynamisme du tourisme et du secteur des services. Ils devraient rester les moteurs de croissance du transport en 2026.
Les indicateurs du secteur des services montrent également une hausse attendue des tarifs de transport dans les différents segments. Les entreprises tenteront de répercuter une partie du choc pétrolier sur leurs clients, même si cela restera difficile dans un environnement économique globalement peu dynamique.
Allemagne
Contraction de l’activité en 2026 et hausse du risque de crédit
En Allemagne, premier marché de la zone euro, nous prévoyons une contraction de 0,3 % de l’activité du transport et de la logistique en 2026, avec un recul dans les principaux segments : transport terrestre, maritime et aérien. La forte hausse du prix du diesel accentue les tensions dans le secteur. De nombreux transporteurs routiers doivent régler immédiatement leurs dépenses de carburant alors que leurs factures clients ne sont généralement payées qu’après 60 jours. Les PME sont particulièrement exposées. Avec des marges souvent inférieures à 3 %, cette contrainte de financement génère d’importantes difficultés de trésorerie. À cela s’ajoutent la hausse des coûts salariaux, la pénurie aiguë de conducteurs et une concurrence intense provenant d’Europe centrale et orientale. Nous estimons qu’un transporteur de marchandises sur quatre parmi les PME est exposé à un risque élevé.
Depuis plusieurs années, la logistique figure parmi les secteurs enregistrant les taux de défaillance les plus élevés en Allemagne. Une nouvelle augmentation des défaillances est attendue cette année. Les signalements d’impayés enregistrés au cours des premiers mois de l’année dépassent déjà largement les niveaux observés au cours des cinq dernières années.
Royaume-Uni
Le risque de crédit se renforce à nouveau
Nous prévoyons une croissance de 2,2 % de l’activité du transport et de la logistique au Royaume-Uni en 2026, dont 1 % pour le transport terrestre. Cette progression s’explique principalement par les bons résultats enregistrés au premier trimestre. Depuis, l’activité s’est affaiblie sous l’effet de la crise du Golfe et de perspectives économiques moins favorables. La hausse des prix de l’énergie réduit la consommation des ménages, tandis que les investissements des entreprises sont freinés par une rentabilité limitée et un climat de confiance fragile. Les taux d’intérêt demeurent élevés et la politique budgétaire se durcit sensiblement, ce qui pèse sur la croissance économique et, par conséquent, sur la demande de transport.
Au-delà du ralentissement de la demande, le transport routier britannique fait face à des pénuries persistantes de personnel, à une forte concurrence et à des coûts de renouvellement des véhicules liés à l’accélération des exigences environnementales. Les prix élevés du carburant réduisent également la rentabilité d’un secteur déjà caractérisé par de faibles marges. Le carburant représente généralement près de 30 % des coûts d’exploitation du transport routier. Si les hausses de coûts sont supportées immédiatement par les transporteurs, les ajustements tarifaires interviennent souvent avec décalage. Cette situation peut provoquer une érosion des marges et des tensions de trésorerie, accentuant le risque de crédit dans un secteur déjà fragilisé financièrement.
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- États-Unis : La croissance reste modeste à 1,3 %, freinée par le ralentissement des échanges commerciaux, les incertitudes liées aux droits de douane et une demande d’importations moins soutenue.
- Chine : Le secteur progresse de 4,8 %, porté par une forte production industrielle, des exportations diversifiées et le développement de la logistique de haute technologie.
- Inde : L’activité bondit de 8,9 %, soutenue par l’expansion du secteur manufacturier et une demande des ménages qui stimule les volumes de transport de marchandises.
- Japon : La croissance atteint 3,6 %, portée par la résilience du tourisme et l’amélioration de l’activité industrielle.
- Union européenne : La croissance ralentit à 0,8 % en raison de la faible activité manufacturière, de la hausse des coûts de l’énergie et de la stagnation des exportations.
- Allemagne : Le secteur se contracte de 0,3 %, sous l’effet de la forte hausse des coûts du diesel et d’un risque accru de défaillance des PME.
- Royaume-Uni : L’activité progresse de 2,2 %, mais la hausse des coûts du carburant et les pénuries de personnel dans le transport routier pèsent sur les marges.

