Les États‑Unis et Israël ont lancé une série d’opérations militaires d’envergure et continues contre l’Iran, ciblant des infrastructures militaires, des sites de renseignement ainsi que des installations liées aux plus hauts niveaux de commandement. L’Iran a répliqué par des frappes de missiles et de drones visant Israël et des positions américaines situées dans plusieurs États voisins. Au‑delà des bases américaines, l’Iran a également ciblé des ports, des aéroports et d’autres infrastructures régionales. Les déclarations officielles laissent entendre que ces opérations pourraient se poursuivre plusieurs semaines, ce qui accroît l’incertitude quant à la durée du conflit, à son évolution et à ses répercussions potentielles.
Les répercussions immédiates se font déjà sentir dans toute la région. Les perturbations touchant les principaux hubs du Golfe affectent le transport et le trafic aérien, les autorités ayant restreint l’espace aérien et modifié les routes des vols. Les organisations internationales se sont réunies en urgence pour évaluer la situation, tandis qu’en Iran, les frappes visant des responsables de haut rang alimentent les incertitudes concernant la prise de décision et la stabilité politique du pays.
Notre hypothèse de travail est que toute escalade régionale, y compris une éventuelle fermeture temporaire du détroit d'Ormuz, devrait être de courte durée. Dans ce scénario, nous prévoyons que l'impact économique global restera relativement limité.
Selon Niels de Hoog, Senior Economist chez Atradius : « Ce conflit constitue une évolution majeure et inédite, susceptible d’avoir des répercussions sur le risque pays dans l’ensemble de la région et au‑delà. À ce stade, notre hypothèse de travail est que toute escalade régionale, y compris une fermeture temporaire du détroit d’Hormuz, resterait limitée dans le temps, de quelques jours à plusieurs semaines. Dans ce scénario, nous anticipons un impact économique global relativement contenu. »
Le rôle central du détroit d’Hormuz
La pression exercée sur le détroit d’Hormuz est désormais l’élément déterminant de l’impact économique et logistique de cette crise. La combinaison d’une escalade militaire, d’avertissements adressés aux navires et de la suspension d’activité par plusieurs acteurs majeurs du transport maritime et du secteur énergétique a conduit à un quasi‑arrêt du passage. Les autorités iraniennes déclarent que le détroit est fermé et que tout navire tentant de le traverser sera pris pour cible. Cet enjeu est crucial, car Hormuz constitue le corridor énergétique le plus stratégique au monde : il concentre environ 20 % du pétrole mondial et près de 30 % du gaz naturel liquéfié. Toute perturbation se répercute rapidement sur les prix de l’énergie, les tensions inflationnistes et les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les cours du pétrole se rapprochent déjà de 80 USD le baril et pourraient évoluer entre 90 et 140 USD selon la durée des perturbations.
La réduction des flux à travers Hormuz affecte également, de manière plus large, le transport et la logistique. Les compagnies maritimes ralentissent ou détournent leurs navires, les transporteurs aériens modifient leurs routes pour éviter les zones à risque, et les principaux hubs du Golfe subissent des contraintes de connectivité. Ces ajustements allongent les délais de transit, augmentent les coûts et renforcent les besoins en fonds de roulement pour les secteurs sensibles au temps, tels que l’électronique ou les composants automobiles. Une part importante des échanges entre l’Asie et l’Europe dépendant de ces routes, toute perturbation prolongée aurait des conséquences significatives pour les chaînes d’approvisionnement fonctionnant en flux tendus.
Une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz serait également contraire aux intérêts de l'Iran, car elle bloquerait ses exportations pétrolières vitales vers la Chine.
« Nous ne pensons pas que l’Iran soit en mesure de maintenir durablement la fermeture du détroit, car une intervention maritime internationale menée par les États‑Unis mettrait vraisemblablement fin à tout blocus en peu de temps. Une fermeture prolongée irait également à l’encontre des intérêts économiques iraniens, en bloquant ses exportations de pétrole vers la Chine », explique notre senior economist.
Scénario central d’Atradius : un conflit de courte durée
Le scénario de référence d’Atradius repose sur l’hypothèse d’un conflit limité dans le temps, suivi d’un retour progressif au dialogue diplomatique, notamment autour de nouvelles négociations sur le nucléaire. Selon De Hoog, « l’Iran est largement isolé et aurait des difficultés à soutenir une confrontation prolongée. Une fermeture durable du détroit d’Hormuz affecterait sévèrement son économie déjà fragile, en perturbant des exportations pétrolières essentielles à destination de la Chine et en renforçant les pressions sociales internes. Les actions récentes visant les États du Golfe semblent avant tout destinées à accroître son levier politique pour revenir à la table des négociations. Une escalade majeure serait contre‑productive, car elle pourrait pousser les pays du Golfe à se retourner activement contre l’Iran. »
Dans ce scénario de conflit court, l’impact économique sur les États du Golfe demeure limité, bien que des perturbations soient inévitables. La fermeture de facto du détroit d’Hormuz empêche ces économies de tirer parti de la hausse des prix du pétrole, tandis que leurs activités hors pétrole subissent des pressions temporaires liées aux restrictions d’espace aérien, au ralentissement du tourisme, de la logistique et du réexport. Grâce à leurs importantes réserves internationales et à la taille de leurs fonds souverains, la plupart des économies du Golfe peuvent absorber une perturbation de quelques semaines, pour un impact estimé à environ un demi‑point de croissance en moyenne.
Le Qatar est le pays le plus exposé, l’ensemble de ses exportations de gaz naturel liquéfié transitant par le détroit d’Hormuz. Cette vulnérabilité explique sa décision préventive de suspendre temporairement la production de GNL après les récents incidents sécuritaires. Oman apparaît moins vulnérable, son port principal de Duqm se situant en dehors du détroit, même si les récentes attaques de drones et incidents dans le golfe d’Oman soulignent des risques supplémentaires. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite peuvent réacheminer une partie de leurs exportations pétrolières par oléoducs, ce qui atténue seulement en partie l’impact.
Pour les pays hors région très dépendants des importations de pétrole et de gaz, le principal canal de transmission passe par la hausse des prix de l’énergie. Nombre de ces économies sont financièrement plus vulnérables que les États du Golfe ou Israël. Les économies asiatiques, dont la Chine et l’Inde, sont particulièrement sensibles car elles dépendent fortement du transit physique du pétrole et du gaz via le détroit d’Hormuz, et seraient directement touchées par toute perturbation prolongée.
Scénario défavorable : escalade durable
Un scénario défavorable impliquant une escalade prolongée ne peut être exclu. Contrairement à l’opération de 2025, centrée sur la limitation des capacités nucléaires iraniennes, les objectifs actuels incluent un changement de régime et le démantèlement de l’arsenal balistique iranien. Ces dynamiques renforcent le sentiment de vulnérabilité stratégique de l’Iran et accroissent la probabilité d’une riposte supplémentaire.
Une escalade pourrait se traduire par un recours accru aux milices alliées dans la région et par des frappes visant les infrastructures pétrolières et gazières de pays voisins, avec un risque d’atteinte durable aux capacités de production régionales et mondiales. Les récents signalements de frappes de drones sur une raffinerie saoudienne et une installation de GNL au Qatar rendent ce scénario plus plausible. Ces actions augmenteraient aussi la probabilité de représailles contre les infrastructures énergétiques iraniennes.
Dans ce scénario nettement plus défavorable, les estimations suggèrent une hausse des prix du pétrole pouvant atteindre 130 à 140 USD le baril. Même si l’Iran est peu susceptible de maintenir une fermeture totale du détroit d’Hormuz sur la durée, il pourrait poursuivre des actions perturbant la navigation à l’intérieur et autour du détroit, créant une instabilité durable des flux énergétiques mondiaux.
Dans ces conditions, Bahreïn serait probablement le premier État du Golfe à subir des tensions financières, du fait de ses finances publiques fragiles, de marges de manœuvre limitées et de sa forte dépendance aux revenus pétroliers. Les autres économies du Golfe seraient également sous pression prolongée, les perturbations du commerce, du tourisme et de la logistique s’étendant dans le temps.
Les économies asiatiques, dont la Chine et l’Inde, demeurent particulièrement vulnérables, environ 80 % du pétrole et du gaz transitant par le détroit d’Hormuz étant destinés à l’Asie. Une hausse prolongée des prix pèserait également sur d’autres marchés émergents fortement dépendants des importations d’énergie et disposant de faibles marges budgétaires. Même une hausse de la production de l’OPEP (Organization of the Petroleum Exporting Countries) apporterait un soutien limité si le pétrole ne peut pas atteindre les marchés d’exportation.
Suivi et adaptation
L’impact sur l’économie mondiale et les marchés dépendra largement de la durée et de l’intensité du conflit. Malgré la situation, nous poursuivons nos activités dans l’ensemble du Moyen‑Orient, en maintenant nos garanties et notre accompagnement auprès de nos clients et partenaires. Nous suivons de près l’évolution du risque lié aux lignes de crédit commercial de nos assurés dans la région, analysons les développements en continu et consolidons les informations provenant de multiples sources afin d’adapter nos décisions de manière précise et contextualisée.
- La situation au Moyen-Orient reste instable, avec des perturbations immédiates concentrées autour du détroit d’Ormuz. Dans son scénario central, Atradius anticipe un conflit de courte durée et une reprise progressive du dialogue diplomatique, tout en reconnaissant que des évolutions défavorables demeurent possibles.
- Nous poursuivons nos activités dans l’ensemble de la région, surveillons les risques de près et ajustons nos interventions au cas par cas afin de soutenir nos clients.