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Indépendance de la Fed sous pression : un risque mondial

Une enquête impliquant le président de la Fed, Jerome Powell, pourrait affaiblir la confiance dans la politique monétaire américaine, accentuer les risques à l’échelle mondiale et peser sur les perspectives de ...
4 Feb 2026
5 mins

L’annonce de l’ouverture d’une enquête pénale visant le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, a suscité de vives réactions de la part de responsables politiques américains, de banquiers centraux et d’acteurs financiers, tout en renforçant la prudence sur les perspectives économiques mondiales.

À cette annonce, les actifs dits refuges, comme l’or, se sont appréciés, tandis que le dollar a reculé avant de se stabiliser. Dans l’ensemble, les marchés financiers ont réagi avec retenue. Si de nombreux commentaires médiatiques ont interprété l’enquête comme une atteinte à l’indépendance de la Fed, la faible réaction des marchés des changes, obligataires et actions suggère que les investisseurs ne se sont pas laissés influencer.

Une déclaration vidéo ferme du président Powell dénonçant l’enquête, ainsi qu’un large soutien de l’opinion publique, ont contribué à maintenir la confiance dans la capacité de la Fed à préserver son indépendance. La nomination de Kevin Warsh, financier de Wall Street et ancien membre du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, a également apaisé les craintes selon lesquelles le prochain président adopterait une politique de baisse agressive des taux, du moins à court terme.  

Néanmoins, à plus long terme, le signal envoyé par cette enquête pourrait introduire un nouveau facteur d’incertitude pour les entreprises opérant à l’international. Les investisseurs et les institutions contreparties rappellent le rôle historique de l’indépendance de la banque centrale américaine dans la stabilité financière mondiale. Les marchés continuent d’anticiper des décisions de politique monétaire guidées par les données économiques, et non par des pressions extérieures.

Si les marchés ont, jusqu’à présent, relativisé l’impact de l’enquête, celle‑ci met tout de même en lumière le risque d’ingérence dans une politique monétaire indépendante. Toute perception d’un affaiblissement de cette indépendance pourrait modifier les anticipations en matière d’inflation, de coûts de financement des entreprises et de conditions du commerce international. 

Les données d’inflation et d’emploi appellent à la prudence

À 2,7 %, l’inflation aux États‑Unis reste supérieure à l’objectif, mais l’inflation sous‑jacente, hors composantes volatiles comme l’énergie et l’alimentation, a ralenti à 2,6 %, son niveau le plus bas depuis mars 2021. Les anticipations d’inflation demeurent également contenues, limitant la pression en faveur d’un relèvement des taux d’intérêt. Le marché du travail montre des signes de ralentissement tout en restant solide, avec des créations d’emplois et des hausses de salaires modérées, et un taux de chômage de 4,4 %. Lors de sa dernière réunion, la Réserve fédérale a maintenu ses taux directeurs inchangés. Compte tenu d’une inflation sous‑jacente encore élevée et d’indicateurs de l’emploi globalement solides, toute nouvelle baisse des taux devrait être progressive.

“Je ne m’attends pas à ce que la Réserve fédérale procède à des ajustements impulsifs de sa politique de taux”, déclare John Lorié, chef économiste chez Atradius. “Ses décisions continueront de refléter les données économiques, avec une attention portée à la stabilité des anticipations d’inflation et à l’équilibre du marché du travail. Les tendances actuelles suggèrent une politique monétaire globalement inchangée à court terme, avec au maximum deux baisses supplémentaires de 25 points de base envisagées en 2026.”


Les entreprises s’attendent également à ce que les décisions de politique monétaire restent guidées par les données économiques. Les prochains mois seront déterminants, à mesure que les nouvelles données sur l’inflation et l’emploi façonneront les anticipations pour la prochaine phase du cycle.

Je ne m’attends pas à ce que la Réserve fédérale procède à des ajustements impulsifs de ses taux d’intérêt. Ses décisions continueront de s’appuyer sur les données économiques, avec une attention particulière portée à la stabilité des anticipations d’inflation et à un équilibre du marché de l’emploi

John Lorié

Ce changement de direction pourrait introduire de l'incertitude 

Le mandat de Jerome Powell à la tête de la Fed prendra fin en mai, indépendamment de l’issue de l’enquête pénale. Il peut toutefois rester membre du Conseil des gouverneurs de la Fed, avec droit de vote, jusqu’en janvier 2028. S’il choisissait cette option, cela limiterait la capacité de la Maison-Blanche à influencer les décisions de la Fed en modifiant sa composition.

La nomination de Kevin Warsh au poste de président de la Réserve fédérale doit désormais être confirmée par le Sénat. 

Ce changement à la tête de l’institution devrait entraîner une courte phase d’ajustement, et l’enquête du ministère de la Justice pourrait compliquer le processus de confirmation par le Sénat, voire le retarder. Un membre influent de la commission bancaire du Sénat a déclaré qu’il s’opposerait à toute nomination à la Fed tant que l’enquête ne serait pas close.

Même si ces changements peuvent entraîner des ajustements temporaires, la politique monétaire reste généralement stable. Les investisseurs accordent davantage d’importance à la continuité des décisions sur l’inflation et l’emploi qu’aux nominations individuelles.

Les taux doivent refléter les données économiques 

Au sein de l’administration américaine, certains estiment que des baisses de taux d’intérêt plus rapides pourraient soutenir l’activité économique, alléger le coût des crédits immobiliers et réduire la charge des déficits publics. D’autres considèrent que la banque centrale pourrait aller plus loin et plus vite dans l’assouplissement de sa politique.

À l’inverse, les responsables de la banque centrale soulignent qu’un assouplissement rapide pourrait fragiliser les progrès à long terme. Les projections économiques indiquent un raffermissement de la croissance plus tard dans l’année, les changements fiscaux soutenant la consommation des ménages. Dans le même temps, l’inflation ne devrait reculer que progressivement. Cette combinaison rend peu probable un assouplissement monétaire rapide ou marqué, des taux plus bas accélérant ces deux dynamiques.

Si des baisses de taux rapides devaient intervenir, l’économie risquerait non seulement une surchauffe, mais les marchés pourraient aussi y voir un affaiblissement de l’indépendance de la banque centrale. Dans ce cas, la confiance dans la politique monétaire et les institutions américaines s’éroderait, et avec elle, dans une certaine mesure, la confiance dans la stabilité économique mondiale. Les anticipations d’inflation, le coût de financement des États et les conditions du commerce international pourraient être significativement affectés.

Nous sommes loin de cette situation à ce stade. La croissance mondiale demeure globalement stable, nos propres projections tablant sur une progression du PIB de 2,8 % en 2026 et de 2,9 % en 2027. Nous anticipons une croissance américaine d’environ 2,0 % sur ces deux années. 

Dans le même temps, les anticipations de l'inflation restent contenues et les coûts d’emprunt à long terme demeurent stables. Les niveaux de marché actuels suggèrent que les investisseurs continuent de considérer la politique monétaire comme guidée par les données économiques plutôt que par des événements politiques.

La confiance soutient le commerce mondial 

Si cette situation venait à évoluer, l’économie réelle serait confrontée à des vents contraires. La confiance est un élément central du bon fonctionnement des marchés internationaux. Tant que les acteurs estiment que les décisions de politique monétaire reflètent les conditions économiques et non des influences extérieures, les coûts de financement tendent à rester stables et les taux de change équilibrés.

“Dans l’économie réelle, les entreprises bénéficient de coûts de financement prévisibles, de conditions commerciales plus claires et d’un comportement des acheteurs plus stable”, explique Lorié. “Si l’incertitude autour de la crédibilité de la Fed s’accentuait, l’anticipation de taux plus bas pourrait raviver les craintes inflationnistes. Les entreprises pourraient retarder leurs expéditions ou revoir leurs priorités géographiques. Une dépréciation du dollar pourrait renchérir les coûts d’importation, conduisant les chaînes d’approvisionnement à s’ajuster en réaction à une instabilité perçue.”  

Une dépréciation du dollar pourrait augmenter les coûts d’importation, ce qui conduirait les chaînes d’approvisionnement à s’ajuster en réponse à l’instabilité perçue

John Lorié

Les marchés ont absorbé les développements récents sans réaction excessive, et la politique monétaire américaine continue de structurer le commerce mondial. Un cadre de politique monétaire stable permet aux entreprises de gérer leur trésorerie, de planifier leurs investissements et de préserver la confiance dans leurs échanges internationaux.

« À ce stade, les investisseurs sur les marchés actions comme sur les marchés obligataires n’anticipent pas d’influence majeure du pouvoir fédéral sur la Réserve fédérale », explique Lorié. « Mais si cette perception venait à évoluer, les coûts d’emprunt pourraient augmenter sous l’effet d’une prime d’inflation et d’incertitude plus élevée, et la liquidité pourrait se dégrader, compromettant l’objectif de baisses rapides des taux. »

La stabilité dans un environnement incertain

Le commerce international repose sur des conditions de financement stables et une politique économique prévisible. Toute hausse de l’incertitude peut influencer l’activité de transport, le calendrier des contrats et l’exposition aux devises. Dans le contexte géopolitique actuel, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont particulièrement sensibles aux évolutions de la perception du risque.

Les récentes informations concernant une enquête pénale visant le président de la Fed, Jerome Powell, ont introduit un facteur d’incertitude inattendu. Si l’indépendance de l’institution n’est pas directement remise en cause, cette enquête apparaît comme une nouvelle tentative d’en fragiliser la crédibilité, ce qui pourrait perturber les marchés et affaiblir la confiance.

Les entreprises engagées dans le commerce international peuvent atténuer ces risques en surveillant les rendements obligataires, les spreads de crédit et les coûts de fret afin de détecter précocement tout resserrement ou regain de volatilité. Ces indicateurs permettent d’anticiper d’éventuels changements de la demande, du comportement de paiement des acheteurs et des conditions de financement.  

L’assurance‑crédit joue un rôle stabilisateur dans un environnement incertain. Elle protège les entreprises contre le risque de non‑paiement et sécurise la trésorerie en cas de défaillance d’un client. Cette protection permet de commercer avec confiance, de préserver la liquidité et de faciliter l’accès au financement, les banques considérant les créances assurées comme moins risquées.

À ce stade, les marchés ont réagi à l’enquête avec un calme relatif. Toutefois, le signal qu’elle envoie pourrait perturber la stabilité dont dépendent les échanges transfrontaliers. Si tel était le cas, l’assurance‑crédit pourrait aider les entreprises à traverser cette période plus complexe.

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Résumé
  • L’annonce de l’ouverture d’une enquête pénale visant le président de la Fed, Jerome Powell, a suscité des critiques de la part de responsables politiques et d’acteurs financiers, même si les marchés sont restés calmes. 
  • La réponse vidéo ferme de Powell, ainsi que le large soutien exprimé publiquement, ont contribué à rassurer les investisseurs quant à l’indépendance de la Fed.
  • Cette enquête ajoute un facteur d’incertitude de long terme, dans un contexte où les marchés reposent sur une politique monétaire stable et fondée sur les données économiques.
  • Toute perception d’un affaiblissement de l’indépendance de la Fed pourrait modifier les anticipations en matière d’inflation, de coûts de financement et de commerce international.
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