Les entreprises chinoises maintiennent un contrôle strict du risque de paiement B2B.
Le marché du crédit interentreprises en Chine reflète une approche prudente face au ralentissement des perspectives économiques et aux tensions croissantes sur la trésorerie des entreprises. Les données de l’enquête montrent que les ventes réalisées à crédit auprès de clients professionnels représentent moins de deux transactions sur cinq. La Chine affiche ainsi le plus faible recours au crédit interentreprises en Asie, à un niveau comparable à celui de Hong Kong et légèrement inférieur à la moyenne observée à Taïwan, tandis que les autres marchés étudiés dans la région enregistrent des proportions nettement plus élevées. Cette situation témoigne d’une attitude plus prudente des fournisseurs chinois en matière de gestion du risque client.
Bien que le recours au crédit interentreprises ait légèrement progressé ces derniers mois, cette hausse est restée plus limitée qu’ailleurs en Asie, soulignant la volonté persistante des entreprises chinoises de maîtriser leur exposition au risque de paiement dans un contexte économique difficile.
Cette prudence se reflète dans les politiques de paiement. Par rapport à la moyenne régionale, les entreprises chinoises privilégient davantage des délais de paiement courts, confirmant une approche plus prudente et plus rigoureuse que celle de leurs homologues asiatiques. Une part plus importante des paiements est exigible dans un délai d’un mois, tandis que les échéances allant jusqu’à deux mois sont moins fréquentes que dans le reste de la région. Les délais plus longs restent globalement comparables à ceux observés en Asie, mais sont accordés de manière plus sélective, généralement dans le cadre de relations commerciales établies de longue date.
Dans l’ensemble, les fournisseurs chinois soutiennent les échanges B2B par l’octroi de crédit commercial, mais se distinguent par un contrôle strict du risque de paiement, à l’image des pratiques observées au Japon. La priorité est clairement donnée à la préservation de la trésorerie plutôt qu’au soutien des ventes via des conditions de paiement plus souples. Le contexte macroéconomique renforce cette orientation. Le ralentissement de la demande intérieure, un environnement extérieur moins favorable et les incertitudes géopolitiques accrues continuent de peser sur la confiance des entreprises. Dans ce contexte, celles-ci cherchent à préserver leur liquidité en renforçant leurs conditions de crédit, malgré les pressions concurrentielles.
Malgré des délais de paiement plus courts et une approche plus prudente du crédit interentreprises, une proportion nettement plus élevée d’entreprises en Chine que dans le reste de la région signale une dégradation du comportement de paiement de ses clients B2B au cours des derniers mois. Moins d’entreprises font état d’une situation inchangée, ce qui traduit un environnement de paiement plus instable. Les autres constatent une amélioration, dans des proportions globalement conformes à la tendance régionale. Il en résulte un environnement plus contrasté, où le comportement de paiement s’améliore pour certains clients mais se détériore pour d’autres, confirmant l’hétérogénéité déjà observée sur le marché.

Plus de quatre fournisseurs chinois sur cinq, notamment dans le secteur de la construction, indiquent subir des retards de paiement de la part de leurs clients professionnels. Environ un tiers des factures sont réglées en retard, un niveau supérieur à la moyenne régionale. Parmi les marchés étudiés, la Chine figure parmi les plus touchés par les retards de paiement, seuls Taïwan et l’Inde affichant des niveaux plus élevés. Les données récentes montrent une augmentation des créances clients en retard de paiement dans les échanges B2B, ce qui suggère une généralisation de ces retards en Chine. Cette évolution met en évidence un écart croissant entre les délais de paiement accordés par les fournisseurs et le comportement de paiement effectif des clients.
Les données relatives au DSO (délai moyen de recouvrement des créances clients) confirment cette tendance. Si la majorité des factures B2B en Chine sont encore réglées dans un délai d’un mois, une part significative nécessite davantage de temps, avec un nombre de paiements dépassant deux mois supérieur à ce que les délais contractuels laisseraient prévoir. Cela indique que lorsqu’un retard survient, il tend à allonger sensiblement les délais d’encaissement. Contrairement à d’autres marchés, les retards de paiement en Chine sont moins souvent liés à des problèmes de liquidité qu’à des litiges portant sur la qualité des produits ou l’exécution des prestations, ce qui ralentit le règlement des factures. Les performances de recouvrement demeurent donc contrastées, certains clients B2B réglant rapidement leurs factures tandis que d’autres enregistrent des retards plus importants.
Une gestion rigoureuse du crédit ne permet pas de supprimer totalement le risque de pertes sur créances. Une proportion plus élevée d’entreprises en Chine que dans l’ensemble de l’Asie déclare des pertes sur créances supérieures à 5 % de son poste clients, traduisant des situations où des retards de paiement prolongés se transforment en pertes définitives. Les abandons de créances sont le plus souvent liés à des litiges juridiques, ce qui confirme que les retards de paiement résultent généralement de désaccords sur la qualité des produits ou des prestations livrées plutôt que de difficultés financières. Le rôle relativement limité de l’ancienneté des créances parmi les motifs d’abandon de créances suggère que les pertes interviennent souvent avant même que les factures n’atteignent un niveau d’ancienneté élevé. Cette situation s’inscrit dans une tendance plus large : les paiements sont généralement soit régularisés, soit rapidement orientés vers une situation de défaut de paiement.
En Chine, la proportion d'entreprises déclarant des pertes sur créances supérieures à 5 % de leurs créances est plus élevée qu'en Asie dans son ensemble, ce qui s'explique par le fait que des retards de paiement de longue date finissent par se transformer en pertes.
Les conséquences sur le besoin en fonds de roulement sont importantes. Les entreprises chinoises subissent des tensions sur leur trésorerie comparables à celles observées dans le reste de l’Asie, mais elles sont moins enclines à recourir à des financements externes ou à reporter leurs paiements à leurs fournisseurs. L’impact principal du risque de paiement client se traduit plutôt par un frein marqué aux investissements et à la croissance, ce qui laisse penser que les entreprises absorbent principalement ces contraintes financières en interne plutôt que de les répercuter sur leur chaîne d’approvisionnement. Une gestion rigoureuse de la liquidité permet de limiter l’impact du risque, mais met également en évidence un arbitrage clair : la stabilité financière est préservée au détriment du développement de l’activité.
Les stratégies de maîtrise du risque reflètent cet équilibre. Les entreprises chinoises privilégient la prévention du risque de paiement en renforçant leurs conditions de crédit, en proposant des incitations au paiement anticipé et en recourant davantage à l’assurance-crédit que leurs homologues de la région. Cette combinaison leur permet de se protéger contre les aléas d’un environnement de paiement marqué par des litiges commerciaux et des retards de paiement prolongés.
Le système de crédit interentreprises en Chine se caractérise ainsi par un contrôle rigoureux du crédit et une approche sélective de l’octroi de délais de paiement aux clients B2B. Les fournisseurs chinois maintiennent une maîtrise étroite de leur exposition au risque de paiement, même si la persistance des retards de règlement et l’augmentation du risque d’impayés continuent de peser fortement sur la rentabilité et les capacités d’investissement des entreprises.

Les entreprises chinoises anticipent une hausse des défaillances d’entreprises
La majorité des entreprises chinoises n’anticipent pas de changement significatif du comportement de paiement des clients B2B au cours des prochains mois. Parmi celles qui prévoient une évolution, les entreprises s’attendant à une légère amélioration sont plus nombreuses que celles anticipant une dégradation, une tendance globalement conforme à celle observée dans le reste de l’Asie. Toutefois, les perspectives en Chine demeurent plus prudentes, reflétant les incertitudes entourant le rythme d’une éventuelle amélioration. Cette prudence s’explique par les tendances récemment observées en matière de paiement : la persistance des retards de règlement et des pertes sur créances continue de peser sur la confiance des entreprises, laissant penser qu’une amélioration éventuelle sera progressive. Les perspectives indiquent ainsi une évolution plus lente et plus incertaine en Chine que dans le reste de la région.
Cette incertitude est renforcée par les anticipations concernant les défaillances d’entreprises. À l’échelle de l’Asie, les opinions sont plus équilibrées entre stabilité et hausse des défaillances. En Chine, en revanche, davantage d’entreprises s’attendent à une augmentation des défaillances dans les mois à venir, ce qui témoigne d’un environnement de paiement sous-jacent plus fragile. Cette situation contribue à expliquer pourquoi les entreprises chinoises anticipent une reprise plus irrégulière du comportement de paiement en B2B au cours de l’année. Les améliorations attendues devraient coexister avec des difficultés persistantes chez les clients professionnels les plus vulnérables.
Les anticipations en matière de rentabilité reflètent cette même perception. Moins d’entreprises en Chine s’attendent à une stabilité de leurs résultats, ce qui traduit une plus grande volatilité de la demande et des conditions de paiement. Si certaines entreprises, notamment les grands groupes industriels, bénéficient d’un contrôle plus rigoureux du crédit et de délais d’encaissement relativement courts favorisant la progression de leur rentabilité, un nombre important de petites entreprises reste exposé à un risque de paiement élevé. Cette situation accroît le risque de dégradation des marges et explique pourquoi une proportion plus importante d’entreprises en Chine anticipe une baisse de sa rentabilité par rapport à la moyenne observée en Asie.

Lorsqu’elles sont interrogées sur les risques susceptibles de perturber fortement le comportement de paiement B2B dans les mois à venir, les entreprises asiatiques mettent généralement en avant des facteurs macroéconomiques tels que le ralentissement économique et l’inflation. À l’inverse, les entreprises chinoises accordent davantage d’importance aux risques opérationnels et non financiers, notamment à la cybersécurité et à la fraude, qui sont cités beaucoup plus fréquemment que dans le reste de la région. Les tensions géopolitiques occupent également une place plus importante en Chine, tandis que les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les ralentissements sectoriels sont jugés moins critiques.
Cette situation met en évidence un environnement de risque de paiement sensiblement différent. En Chine, les perturbations sont moins liées aux conditions macroéconomiques qu’à des difficultés concrètes rencontrées dans l’exécution quotidienne des transactions commerciales. Les entreprises chinoises sont ainsi amenées à renforcer leur gestion du crédit et à privilégier la prévention des risques, les principales menaces provenant davantage de facteurs opérationnels que du contexte économique général.
Pour en savoir plus
Pour consulter l’ensemble des résultats de l’enquête 2026 en Asie, téléchargez le rapport régional ainsi que l’annexe statistique disponibles dans la section "Télécharger le document" ci-dessous.
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- Les entreprises chinoises réagissent à la hausse du risque de paiement en renforçant leur gestion du crédit. Malgré un encadrement plus strict des conditions de paiement visant à préserver leur trésorerie, l’augmentation récente des retards de paiement continue de perturber les échanges interentreprises.
- Le risque de paiement semble concentré sur une part relativement limitée de créances fortement échues qui se transforment en pertes sur créances. Cette situation pèse sur la rentabilité et freine les investissements ainsi que le développement des entreprises.
- Les perspectives de paiement en Chine demeurent prudentes et contrastées. Les faibles attentes d’amélioration sont contrebalancées par une hausse du risque d’insolvabilité et par une incertitude persistante quant au comportement de paiement des clients dans les échanges B2B.
- La majorité des entreprises chinoises estiment que les perturbations de paiement à court terme seront davantage liées à des facteurs opérationnels qu’à des pressions macroéconomiques. Elles renforcent donc leur gestion du crédit et privilégient la prévention des risques plutôt que la croissance.