L’environnement des paiements en Inde est soumis à des tensions croissantes
Les résultats de l’enquête dressent le portrait d’un environnement économique indien où les comportements de paiement et la trésorerie des entreprises sont soumis à une pression croissante. Dans ce contexte, près de la moitié des ventes B2B sont réalisées à crédit, une proportion supérieure à la moyenne régionale et parmi les plus élevées d’Asie. L’Inde se rapproche ainsi de marchés du crédit interentreprises plus matures, comme Singapour, et se situe davantage dans la lignée du Vietnam que de la plupart des autres économies de la région. La progression récente du recours au crédit commercial y a également été plus soutenue que dans le reste de l’Asie, principalement sous l’impulsion des grandes entreprises industrielles. Cette tendance reflète à la fois l’intensification de la concurrence et la nécessité de soutenir l’activité commerciale dans un environnement d’exploitation plus exigeant.
Les délais de paiement accordés s’étendent généralement d’un à deux mois après la facturation, soit davantage que sur la plupart des marchés asiatiques. Cette situation allonge mécaniquement le cycle d’encaissement et accroît l’exposition aux retards de paiement. Par ailleurs, les comportements de paiement dans les échanges B2B demeurent plus instables qu’ailleurs dans la région, témoignant d’un environnement plus volatil et moins prévisible. Si les entreprises sont plus nombreuses à signaler une amélioration qu’une dégradation des comportements de paiement, les retards restent très répandus. Près de neuf entreprises sur dix déclarent faire face à des factures en retard de règlement, celles-ci représentant plus d’un tiers de l’encours clients, un niveau supérieur à la moyenne asiatique.
Les causes de ces retards révèlent des tensions financières sous-jacentes. Les entreprises indiennes sont plus nombreuses que leurs homologues régionales à évoquer les contraintes de trésorerie de leurs clients comme principal facteur de retard de paiement. Les difficultés opérationnelles, notamment les délais d’approbation et les lenteurs bancaires, jouent également un rôle plus important. L’ensemble de ces facteurs crée un environnement de risque combinant pressions financières et inefficacités opérationnelles, ce qui renforce la nécessité d’un suivi rigoureux des créances clients et d’une gestion proactive de la trésorerie.

Malgré des délais de paiement relativement longs, le cycle global d’encaissement reste plus performant que la moyenne régionale, comme l’indique le DSO (Days Sales Outstanding ou délai moyen de recouvrement des créances clients). Cet indicateur met toutefois en évidence une part importante de factures en retard depuis une longue période. Les progrès réalisés pour réduire cette exposition demeurent limités ces derniers mois, et l’allongement des retards accroît le risque de pertes financières.
Cette situation se reflète dans le niveau des créances irrécouvrables. Ces derniers mois, davantage d’entreprises ont constaté une hausse de leurs pertes sur créances qu’une baisse. Cette tendance est comparable à celle observée en Asie, mais elle touche une proportion plus importante d’entreprises en Inde. Les pertes dépassant 5 % des créances clients y sont également plus fréquentes, exerçant une pression supplémentaire sur la trésorerie et les marges. En Inde, les créances irrécouvrables sont souvent liées à des clients devenus injoignables plutôt qu’à des procédures formelles d’insolvabilité, ce qui complique les démarches de recouvrement. Cette situation reflète un environnement du crédit plus complexe et moins structuré.
L’impact sur le besoin en fonds de roulement est significatif. Le risque de paiement perturbe la gestion de trésorerie et accroît la dépendance au financement externe. Plutôt que d’être absorbée en interne, cette pression se répercute souvent sur la chaîne d’approvisionnement, les entreprises reportant à leur tour le règlement de leurs fournisseurs. Cette situation réduit leur flexibilité financière et limite les marges de manœuvre disponibles pour répondre aux besoins de trésorerie liés à l’activité.
Face à ces défis, les entreprises indiennes adoptent une approche plus proactive de la gestion du risque. Elles s’appuient moins sur les provisions comptables et privilégient davantage des leviers opérationnels, tels que le renforcement des conditions de paiement, le recours aux acomptes et un suivi plus étroit du risque client. Les outils numériques et la diversification du portefeuille clients permettent également une intervention plus rapide en cas de dégradation du risque. Par ailleurs, l’assurance-crédit est davantage utilisée qu’ailleurs dans la région, en particulier par les petites entreprises industrielles. Cette tendance traduit la volonté de sécuriser la trésorerie dans un environnement de paiement moins prévisible, marqué par les incertitudes économiques, l’évolution des échanges commerciaux mondiaux et les tensions géopolitiques susceptibles d’affecter l’activité des entreprises.
Près de la moitié des ventes B2B en Inde sont réalisées à crédit, un niveau supérieur à la moyenne asiatique. Le pays se rapproche des marchés du crédit interentreprises plus matures, comme Singapour, et affiche un profil plus proche du Vietnam que de la plupart des autres économies de la région

La plupart des entreprises anticipent un niveau d’insolvabilité toujours élevé
Malgré les tensions persistantes sur les délais d’encaissement et le risque d’impayés, les entreprises indiennes, en particulier les sociétés de taille intermédiaire et les acteurs industriels, se montrent plus optimistes que leurs homologues asiatiques concernant l’évolution des comportements de paiement B2B dans les mois à venir. Cette confiance reflète une gestion plus active du risque client et un renforcement des mesures de contrôle, dont les effets commencent davantage à se percevoir dans les anticipations que dans les résultats actuels.
Dans ce contexte, de nombreuses entreprises peinent encore à évaluer clairement l’évolution de la situation. Près de la moitié s’attendent à ce que le nombre d’insolvabilités demeure élevé, une proportion comparable à celle observée dans le reste de l’Asie, signe de tensions persistantes dans l’environnement économique.
En revanche, les entreprises indiennes sont moins nombreuses que leurs homologues régionales à anticiper une nouvelle hausse des insolvabilités, ce qui traduit des perspectives plus mesurées. Une part relativement importante d’entre elles fait également état d’incertitudes, révélant une visibilité limitée sur l’évolution à court terme de la conjoncture. Les perspectives d’amélioration de la rentabilité restent malgré tout largement répandues. Cet optimisme coexiste toutefois avec des difficultés persistantes liées aux retards de paiement, aux contraintes de trésorerie et à la hausse des créances irrécouvrables. Ce contraste suggère que les entreprises comptent sur un pilotage plus rigoureux du risque client, un meilleur suivi des encaissements et des mesures opérationnelles renforcées pour soutenir progressivement leurs performances, même dans un environnement qui demeure exigeant.

Interrogées sur les principaux risques susceptibles d’influencer le comportement de paiement B2B dans les mois à venir, les entreprises indiennes mettent davantage l’accent que leurs homologues asiatiques sur les pressions économiques internes et les perturbations opérationnelles. Cette perception reflète les spécificités d’un marché où le risque de paiement est étroitement lié aux conditions réelles d’activité. Les inquiétudes liées au ralentissement économique y sont plus marquées, renforçant les anticipations de tensions persistantes sur la trésorerie et les délais de paiement. À l’inverse, les préoccupations concernant l’inflation apparaissent moins prononcées, tandis que la perception du risque lié aux taux d’intérêt reste globalement comparable à celle observée dans le reste de la région.
Les risques opérationnels occupent également une place plus importante en Inde. Les entreprises citent plus fréquemment les évolutions réglementaires et les perturbations des chaînes d’approvisionnement parmi leurs principales préoccupations. Ces facteurs soulignent l’importance de gérer les incertitudes qui affectent le fonctionnement quotidien des activités commerciales. À l’inverse, les menaces liées à la cybersécurité sont moins souvent mentionnées qu’ailleurs en Asie, ce qui suggère que les entreprises accordent davantage d’attention aux enjeux commerciaux et opérationnels qu’aux risques technologiques. Le risque de fraude, quant à lui, est perçu de manière similaire en Inde et dans le reste de la région.
Dans l’ensemble, le profil de risque des entreprises indiennes est davantage influencé par les réalités économiques et opérationnelles que par des facteurs purement financiers ou systémiques. Cette situation accentue les pressions déjà observées sur la trésorerie et souligne l’importance d’une gestion rigoureuse du risque client. Dans les mois à venir, les entreprises devraient s’appuyer davantage sur la détection précoce des risques, le suivi renforcé de leurs clients et un contrôle plus strict du crédit afin de préserver leur rentabilité dans un environnement complexe.
Pour en savoir plus
Pour consulter l’ensemble des résultats de l’enquête 2026 en Inde et Asie téléchargez le rapport régional ainsi que l’annexe statistique disponibles dans la section "Télécharger le document" ci-dessous.
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- En Inde, les entreprises ont largement recours au crédit interentreprises dans leurs échanges B2B et accordent généralement des délais de paiement plus souples. Cette pratique soutient l’activité économique, mais accroît également la sensibilité aux retards de paiement, rendant essentielle une gestion rigoureuse des créances clients et de la trésorerie.
- En Inde, le risque de paiement est davantage lié à des contraintes opérationnelles et financières qu’à un manque de volonté de payer. Les retards reflètent souvent des tensions de trésorerie et des difficultés dans le traitement des transactions. De plus, les délais de règlement des factures en retard sont généralement plus longs que dans le reste de l’Asie, avec une tendance marquée à l’allongement des retards.
- Comparée aux autres pays asiatiques, l’Inde se distingue par une approche plus proactive et opérationnelle de la gestion du risque de paiement. Cette situation reflète un environnement commercial plus complexe, dans lequel les entreprises accordant du crédit à leurs clients doivent adopter une gestion du risque particulièrement rigoureuse pour préserver leur trésorerie.
- Le recours à l’assurance-crédit est plus répandu en Inde que dans la moyenne des pays asiatiques. Cette tendance traduit le besoin de sécuriser davantage les créances clients dans un contexte marqué par une plus grande incertitude. L’assurance-crédit aide les entreprises à protéger leur trésorerie, à limiter le risque d’impayés et à prendre leurs décisions commerciales avec plus de confiance.