Les supporters espèrent que la Coupe du monde 2026 sera une véritable célébration du football. Les organisateurs y voient une opportunité de génération de revenus d’une ampleur sans précédent. Si les prévisions se confirment, le tournoi de cet été pourrait devenir l’événement sportif le plus rentable jamais organisé au monde.
Cette dynamique s’explique en partie par l’ampleur de l’événement. Le format élargi réunira 48 équipes, contre 32 auparavant, avec 104 matchs disputés dans trois pays hôtes : les États-Unis, le Mexique et le Canada. Pour la FIFA, instance organisatrice, cela se traduit par davantage de droits de diffusion à négocier, plus de billets à commercialiser et un volume accru de partenariats à valoriser.
Les résultats financiers devraient atteindre des niveaux records. Dans son dernier rapport financier, la FIFA indique anticiper 13 milliards de dollars de revenus sur le cycle de quatre ans menant à cette Coupe du monde, dont environ 9 milliards générés sur cette seule année. À titre de comparaison, les Jeux olympiques de Paris ont généré 5,2 milliards de dollars en 2024.
Quel que soit le résultat sur le terrain, la FIFA semble assurée de remporter cette « rencontre », sans prolongation ni tirs au but. D’autres effets sont également à prévoir. Le football et l’économie entretiennent des liens étroits et multiples. Cet article propose d’explorer les interactions entre flux financiers, croissance économique et performance sportive.
Développement économique et qualification à la Coupe du monde
Selon les projections du FMI, les pays participants représentent environ les deux tiers du PIB mondial. Les États-Unis dominent nettement, avec 26,2 % du total, tandis que le Cap-Vert (491 000 habitants) ne pèse que 0,003 %.
Un lien clair apparaît entre niveau de développement économique et qualification. Parmi plus de 200 sélections engagées dans les phases qualificatives en 2023, seules 48 ont accédé à la phase finale. Environ deux tiers sont issus d’économies à revenu élevé ou intermédiaire supérieur, tandis qu’un tiers appartient à la catégorie des pays à revenu intermédiaire. Très peu relèvent de la catégorie des pays les moins avancés selon les Nations unies.
Du point de vue du risque pays, l’analyse apporte un éclairage complémentaire. Selon notre évaluation, 24 nations participantes présentent un risque faible, 11 un risque modéré et 13 un risque élevé. Cela suggère que si des fondamentaux économiques solides favorisent la qualification, un niveau de risque élevé ne constitue pas nécessairement un frein à la compétition à l’échelle internationale.
Les principales nations du football correspondent à des économies développées ou émergentes de taille significative, ce qui indique que la performance repose sur un équilibre entre culture sportive, investissements dans les infrastructures et part d’aléa.
La puissance footballistique des économies de taille intermédiaire
S’il suffit, en apparence, d’un ballon et de quelques repères improvisés pour jouer, la construction d’un système national compétitif repose sur des investissements de long terme dans les infrastructures, la formation et le développement des talents. Les ressources financières ne garantissent pas la performance, mais elles en constituent le socle.
Selon le classement ELO, les cinq principales nations du football à l’approche de la Coupe du monde sont, dans l’ordre, l’Espagne, l’Argentine, la France, l’Angleterre et le Brésil. Le premier pays figurant sur cette liste en dehors des principaux pôles footballistiques européens et sud-américains est le Japon, à la 13ᵉ place.
Autrement dit, les grandes nations du football correspondent à des économies développées ou émergentes de taille significative, ce qui confirme que la performance repose sur un équilibre entre culture sportive, investissements dans les infrastructures et part d’aléa. En termes de PIB nominal, l’Espagne se situe au 14ᵉ rang mondial, l’Argentine au 24ᵉ, la France au 7ᵉ, le Royaume-Uni (dont l’Angleterre constitue la principale composante) au 5ᵉ, et le Brésil au 10ᵉ.
À l’inverse, les États-Unis occupent la première place mondiale en termes de PIB nominal, mais se classent 41ᵉ au classement ELO. La Chine, deuxième puissance économique mondiale, ne s’est pas qualifiée pour la Coupe du monde. L’Allemagne apparaît comme l’un des rares pays combinant de manière constante performance économique et sportive, avec la troisième économie mondiale et une 11ᵉ place actuelle au classement ELO.
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Un équilibre difficile à trouver
Bien se classer est une chose, remporter une Coupe du monde en est une autre. L’analyse des vainqueurs fait ressortir deux éléments clés. Seuls huit pays ont remporté le trophée, et six d’entre eux l’ont gagné à plusieurs reprises. Le Brésil détient le record avec cinq titres, suivi de l’Allemagne et de l’Italie avec quatre chacun. L’Argentine en compte trois, l’Uruguay deux, tandis que l’Angleterre et l’Espagne en ont chacun remporté un.
Cela confirme qu’il n’est pas nécessaire d’être une économie de premier plan pour gagner une Coupe du monde, mais qu’il est difficile d’y parvenir en bas de l’échelle économique. Il existe un point d’équilibre entre puissance économique, culture et performance sportive.
Trouver ce juste équilibre reste un enjeu central. L’Angleterre en est une illustration intéressante. Deuxième économie parmi les anciens vainqueurs du tournoi, elle ne compte qu’un seul titre, remporté il y a 60 ans. La Premier League, le championnat le plus rentable au monde, bénéficie d’une audience internationale. La combinaison de facteurs économiques et d’une forte culture footballistique permettra-t-elle enfin au pays de remporter un second titre ? L’Angleterre figure parmi les favoris cette année, aux côtés de l’Espagne et de la France.
Football et croissance
Les pays se disputent régulièrement l’organisation de la Coupe du monde, dans l’espoir de dynamiser leur économie. La réalité est toutefois plus nuancée.
Du côté positif, les données de la FIFA et de l’Organisation mondiale du commerce indiquent que l’édition 2026 pourrait générer jusqu’à 40,9 milliards de dollars de PIB à l’échelle mondiale et soutenir près de 824 000 emplois équivalents temps plein. Certaines estimations avancent un impact d’environ 0,1 % du PIB pour l’économie américaine.
Des effets indirects et de long terme sont également attendus. Accueillir une Coupe du monde constitue un atout en termes d’image, favorise la pratique sportive et peut améliorer le bien-être des populations. Les infrastructures développées peuvent ensuite être réutilisées au bénéfice des territoires, même si cet effet devrait être plus limité en 2026 en raison d’un besoin réduit en nouveaux équipements.
Cependant, les retombées ne sont pas systématiquement positives. Lors de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis, des travaux ont estimé que les villes hôtes avaient enregistré une perte économique cumulée pouvant atteindre 9,3 milliards de dollars. Des inquiétudes similaires émergent pour l’édition actuelle, dans un contexte où la demande semble inférieure aux attentes, poussant certains hôtels à ajuster leurs tarifs à la baisse. Le niveau élevé des prix des billets et du transport aérien est notamment pointé du doigt.
Des facteurs conjoncturels jouent également un rôle, tels que les tensions commerciales, les conflits internationaux et la réduction du pouvoir d’achat des ménages. Plus largement, les études montrent que 12 des 14 dernières éditions ont entraîné des pertes économiques pour les villes hôtes. Les coûts d’organisation tendent à dépasser les bénéfices liés au tourisme, à l’hôtellerie et à l’image.

Transformer la performance en levier économique
Il existe toutefois un autre moyen pour les économies de tirer un bénéfice significatif de la Coupe du monde : la remporter. Une étude de l’Université de Surrey indique qu’une victoire peut entraîner une hausse du PIB allant jusqu’à 0,25 point de pourcentage au cours des deux trimestres suivants. Cette progression est principalement liée à une augmentation des exportations, traduisant un effet d’image positif sur les biens et services du pays vainqueur.
La simple participation peut également soutenir la croissance dans certains secteurs, avec des effets contrastés. Le secteur de l’hôtellerie-restauration bénéficie généralement d’un afflux de consommateurs, tandis que le commerce de détail peut enregistrer une baisse de fréquentation, les ménages privilégiant le suivi des matchs.
Au-delà de la compétition, le football génère des retombées économiques significatives pour les territoires. Lors de la saison 2023/2024, la Premier League anglaise et ses clubs ont généré 9,8 milliards de livres sterling (soit environ 11,3 milliards d’euros) de valeur ajoutée brute et soutenu 100 000 emplois équivalents temps plein. Selon la Ligue allemande de football (DFL), chaque tranche de 100 euros générée par les clubs entraîne la création de 203 euros supplémentaires dans d’autres secteurs.
Des puissances économiques en retrait
Malgré les liens entre football et économie, deux grandes économies émergentes, la Chine et l’Inde, ne se sont pas qualifiées pour la phase finale. Les États-Unis, première économie mondiale, disposent également de faibles perspectives de victoire. Ces pays constituent des poids lourds économiques, mais ne sont pas des places fortes historiques du football et ne disposent pas encore de l’ensemble des facteurs nécessaires à la performance.
Plusieurs sélections asiatiques et africaines affichent un niveau compétitif élevé et peuvent créer la surprise. Toutefois, le titre devrait, une fois encore, revenir à une nation européenne ou sud-américaine. Ces pays bénéficient d’une tradition footballistique solide et d’investissements continus dans la discipline. Si les ressources financières ne garantissent pas la réussite sportive, la qualité des infrastructures, de l’encadrement technique et des équipements sur le long terme peut significativement en améliorer les probabilités.
Pendant la compétition, nous analyserons sur LinkedIn les interactions entre football et économie, avec des publications hebdomadaires présentant des éclairages économiques et sectoriels sur deux équipes en lice.
- La Coupe du monde 2026 devrait devenir l’événement sportif le plus rentable jamais organisé, portée par un format élargi et des revenus considérables issus des droits de diffusion, de la billetterie et des partenariats.
- Les grandes nations du football correspondent généralement à des économies de taille significative, qu’elles soient développées ou émergentes.
- La performance repose sur un équilibre entre culture footballistique et investissements dans les infrastructures.
- L’organisation de la compétition soutient la croissance économique et l’emploi à l’échelle nationale, mais la plupart des villes hôtes enregistrent historiquement un bilan financier négatif, tandis qu’une victoire peut entraîner un effet positif sur le PIB dans les mois qui suivent.