Pays / Langue
Changer de pays
Choisissez un autre pays ou une autre région pour voir le contenu spécifique à votre lieu de résidence.
Sélectionnez votre langue
strait of hormuz trade traffic

Moyen-Orient : point sur la situation et ses répercussions économiques

Alors que le conflit au Moyen-Orient se trouve à un tournant, il est essentiel d'envisager différents scénarios. Dans nos perspectives révisées, nous analysons pourquoi la durée de cette perturbation est désormais le ...
24 Mar 2026
6 mins

Le conflit au Moyen-Orient devient de plus en plus difficile à anticiper. Les tensions régionales s’intensifient, les frappes transfrontalières se multiplient et les principaux corridors commerciaux subissent des perturbations. Les marchés et les entreprises peinent à évaluer l’ampleur potentielle de cette escalade et son impact sur l’approvisionnement énergétique et l’activité économique. Dans cet environnement incertain, notre analyse repose désormais sur deux scénarios, qui se distinguent principalement par la durée du conflit et par son degré de perturbation des marchés de l’énergie et de l’activité régionale.

Une crise à un point de bascule : deux scénarios possibles

Dans notre scénario central, le détroit d’Ormuz reste pratiquement fermé jusqu’à fin avril. Les attaques visant les infrastructures du Golfe causent des dégâts limités, et les perturbations dans le détroit devraient progressivement se dissiper à partir de mai. Le trafic maritime subit des interruptions ponctuelles, entraînant un prix du baril dans une fourchette de 80 à 130 USD. L’essentiel de la pression se concentre sur les secteurs non pétroliers de la région, où la confiance pourrait mettre plus de temps à se rétablir.

Notre scénario défavorable repose sur un conflit prolongé, s’étendant sur plusieurs mois et augmentant le risque d’un embrasement régional. Dans cette configuration, une tentative de changement de régime, associée à une escalade menée par les alliés régionaux de l’Iran, provoquerait des dommages plus structurels sur les capacités de production de pétrole et de gaz dans le Golfe. Des pertes d’approvisionnement durables feraient grimper les prix du baril entre 110 et 150 USD, générant un choc économique plus profond et plus prolongé.

Nous restons alignés sur notre scénario central, même si les évolutions récentes indiquent un glissement progressif vers les risques de dégradation envisagés dans le scénario défavorable.

Niels de Hoog

Selon Niels de Hoog, Senior Economist chez Atradius : « Nous maintenons notre scénario central, même si les évolutions récentes indiquent un glissement progressif vers les risques de dégradation intégrés à notre scénario défavorable. Les attaques se sont intensifiées dans l’ensemble du Golfe et visent désormais des infrastructures pétrolières et gazières essentielles, ce qui demeure une source d’inquiétude. »

Des marchés pétroliers sous pression, mais encore maîtrisés

L’un des effets immédiats les plus visibles de la crise est la forte hausse des prix du pétrole. Elle s’explique par un cumul de perturbations directes et par l’incertitude croissante autour de l’évolution du conflit. D’après notre Département Risque Économique, plusieurs facteurs se sont conjugués, accentuant les tensions sur les marchés.

Premièrement, avec la fermeture effective du détroit d’Ormuz, une part importante de l’offre physique se retrouve retirée du marché. En raison de cette fermeture et des impératifs de sécurité, les pays du Golfe ont dû procéder à des arrêts de production. Lorsque l’un des corridors énergétiques les plus stratégiques au monde se bloque, les prix réagissent immédiatement.

Deuxièmement, les attaques directes contre des pétroliers et des infrastructures énergétiques ont accru les risques opérationnels pour les transporteurs et les producteurs. Une hausse du danger se traduit généralement par une augmentation des coûts, une capacité plus contrainte et, donc des prix plus élevés.

Enfin, les indices laissant penser que le conflit pourrait durer plus longtemps que prévu ont entraîné une augmentation significative de la prime de risque, les investisseurs intégrant la possibilité de perturbations plus persistantes.

Les États du Golfe sont entrés dans le conflit avec une capacité excédentaire importante, ce qui réduit la probabilité d’une hausse durable des prix. L’élément clé sera la rapidité avec laquelle le trafic des pétroliers pourra se normaliser dans le détroit d’Ormuz.

Niels de Hoog

Malgré la récente envolée des prix du pétrole, nous continuons d’anticiper un impact global relativement contenu sur le marché de l’énergie. Comme l’explique Niels de Hoog : “La majorité des interruptions observées jusqu’à présent résultent de limitations de stockage et d’arrêts préventifs, plutôt que de dommages matériels sur les infrastructures, ce qui signifie que les capacités peuvent être rétablies assez rapidement une fois que la situation sera stabilisée. Les États du Golfe sont entrés dans le conflit avec une capacité excédentaire importante, ce qui réduit la probabilité d’une hausse durable des prix. L’élément clé sera la rapidité avec laquelle le trafic des pétroliers pourra se normaliser dans le détroit d’Ormuz. Une fois le détroit rouvert, il pourrait falloir plusieurs semaines pour que les flux retrouvent leur pleine capacité, car la reprise du passage régulier nécessite des garanties de sécurité et un climat de confiance.”

Un ralentissement de la croissance

La crise devrait peser sur la croissance dans l’ensemble de la région. Dans notre scénario central, nos économistes anticipent des révisions à la baisse comprises entre 0,4 et 1,7 point de pourcentage pour les économies du Moyen-Orient les moins touchées. L’impact reste toutefois très hétérogène. Pour les pays davantage affectés comme le Qatar ou le Koweït la révision pourrait aller de 3,5 à 15,0 points de pourcentage. Comme le souligne De Hoog : « Dans un scénario plus sévère, l’impact sur la croissance pourrait dépasser nos estimations actuelles. Mais le point central de notre scénario de référence est que le choc devrait rester temporaire, et les baisses attendues en 2026 seraient suivies d’une forte reprise en 2027. Le secteur non pétrolier serait le plus touché, mais la plupart des économies devraient éviter la récession et rester globalement résilientes, avec un rebond marqué une fois la situation stabilisée. »

Les pays les plus exposés sont ceux dont l’économie dépend d’une production pétrolière et gazière ininterrompue ou d’un passage fluide par le détroit d’Ormuz. Le Koweït est soumis à des réductions imposées de production et à des capacités de stockage limitées, ce qui restreint ses exportations. Le Qatar, très dépendant de ses expéditions de GNL via le détroit, serait particulièrement vulnérable à toute interruption de production. Les frappes iraniennes ont déjà réduit sa capacité d’exportation de GNL d’environ 17 % pour les prochaines années. Les Émirats arabes unis subiraient un ralentissement tiré par les services, avec un affaiblissement du tourisme et une activité commerciale perturbée. À Bahreïn, les arrêts dans les grandes installations industrielles et énergétiques se traduiraient par des pertes de production immédiates.

Dans le reste de la région, le ralentissement serait plus modéré. L’Égypte, bien qu’en dehors de la zone de conflit, doit composer avec une inflation élevée, de nouvelles tensions sur le marché des changes et des perturbations dans l’approvisionnement en gaz. La Jordanie serait affectée par un affaiblissement du tourisme, par des interruptions des échanges commerciaux et par des difficultés sur les importations de gaz, plutôt que par des dommages directs. Oman disposerait d’un amortissement grâce à des routes commerciales alternatives, une exposition moindre aux attaques et un espace aérien resté ouvert. L’Arabie saoudite bénéficierait également de routes de contournement et ferait principalement face à un impact pétrolier temporaire, même si le tourisme serait freiné par un environnement plus incertain. 

L’inflation constitue le principal canal de transmission par lequel l’Europe est affectée. Après un hiver rigoureux, les stocks de gaz sont tombés à environ 30 % de leur capacité, plaçant l’Union dans une position défavorable à l’approche de la période de remplissage.

Theo Smid

Mais le ralentissement ne s’arrête pas aux frontières de la région. Dans notre scénario central, l’impact est déjà très visible : la croissance mondiale passerait de 3,0 % à environ 2,6 %, tandis que celle de l’Union européenne reculerait d’environ 1,3 % à 1,0 %. D’ici 2027, la pression s’atténuerait, avec une croissance mondiale à 3,0 % et celle de l’UE à 1,7 %, ce qui indiquerait l’absence d’effet supplémentaire.

Le tableau change dans notre scénario défavorable. Avec des tensions persistantes sur les marchés de l’énergie, le choc s’amplifie et s’accumule. En 2026, la croissance mondiale tomberait autour de 2,5 %, tandis que celle de l’UE glisserait à 0,6 %. En 2027, le ralentissement se maintiendrait, laissant la croissance mondiale à 2,7 % et celle de l’Europe à 1,5 %.

Selon Theo Smid, Senior Economist chez Atradius : “L’inflation constitue le principal canal de transmission par lequel l’Europe est affectée. Après un hiver froid, les stocks de gaz de l’UE sont tombés à environ 30 % de leur capacité, plaçant le bloc dans une position défavorable à l’approche de la période de remplissage. Les prix de gros du gaz se répercutent directement sur les prix de l’électricité et sur les prix à la consommation, entraînant une inflation plus élevée et une baisse des dépenses des ménages.”

En résumé, la durée compte. Un choc court et contenu refroidit l’activité tout en préservant la reprise. Un conflit plus long et plus intense pèse davantage sur la production et laisse une marque économique plus profonde.

Les secteurs sous pression

Dans notre scénario central, le transport figure parmi les premiers secteurs touchés : la croissance du transport aérien serait inférieure d’environ 0,4 % aux prévisions établies avant le conflit. Le Moyen-Orient est un point essentiel pour la logistique mondiale et le conflit perturbe à la fois les routes maritimes et aériennes reliant l’Asie à l’Europe. Le fret aérien est particulièrement exposé, une part importante des expéditions Chine–Europe traversant habituellement le Golfe. Avec des itinéraires détournés et des coûts de carburant en hausse, les tarifs de fret restent élevés et les risques demeurent orientés à la baisse. Les marchandises les plus touchées sont les produits de forte valeur et sensibles au délai, comme les équipements électroniques avancés, les produits pharmaceutiques et les denrées périssables. 

La production du transport maritime devrait être inférieure de 0,3 % aux projections établies avant le conflit. La fermeture du détroit d’Ormuz a fortement réduit la disponibilité des pétroliers, tandis que les transporteurs non énergétiques restent prudents quant à un retour vers le canal de Suez. Le système est plus résilient qu’au moment des perturbations de 2023, grâce à une capacité excédentaire et à l’utilisation généralisée de la route du cap de Bonne‑Espérance, mais la hausse des prix du pétrole accroît les coûts d’exploitation des navires. Le carburant représente généralement 30 à 40 % des coûts d’exploitation totaux, de sorte qu’une hausse durable de 50 % du prix du pétrole peut relever les coûts de fret de 15 à 20 %. Les exportateurs asiatiques, confrontés à de plus longues distances vers leurs principaux marchés, devront supporter la plus forte augmentation des coûts de transport et d’assurance. Les économies européennes, bien que très ouvertes au commerce, font face à une charge de coûts plus limitée car elles bénéficient d’un commerce intra‑UE important.

La hausse des prix de l’énergie touche également le secteur de la chimie, fortement dépendant du pétrole et du gaz, tant pour l’énergie que pour les matières premières. Le Golfe fournit environ la moitié des exportations mondiales d’éthylène‑glycol et près de 40 % du méthanol, deux composants essentiels pour les plastiques et les produits chimiques industriels. Il représente aussi environ 45 % des expéditions maritimes de naphta et plus de 25 % des intrants clés de la plasturgie tels que le styrène et le polyéthylène. Les interruptions de livraison exercent une pression sur les fabricants, en particulier en Asie, et la croissance du secteur chimique l’an prochain devrait être inférieure d’environ 0,4 % aux prévisions initiales. En dehors du Moyen‑Orient, les producteurs européens de chimie devraient être les plus touchés, car la hausse des prix du gaz aggrave des problèmes de compétitivité déjà anciens face à la Chine et aux États‑Unis.

Les métaux, en particulier l’aluminium, subissent des tensions similaires. Le Golfe produit environ un dixième de l’aluminium mondial, dont une grande partie transite par le détroit d’Ormuz. Toute perturbation prolongée serait difficile à compenser : redémarrer des fonderies mises à l’arrêt est un processus lent et coûteux, et la production d’aluminium est très intensive en électricité. L’énergie représente généralement 30 à 40 % des coûts de production, de sorte qu’une hausse des prix de l’électricité peut contraindre les fonderies à réduire leur activité, resserrant l’offre et faisant monter les prix. Les producteurs européens apparaissent les plus exposés en raison de la forte hausse des prix du gaz. L’augmentation des cours de l’aluminium renchérira les coûts des intrants pour les principaux secteurs acheteurs, notamment l’automobile, la construction, l’emballage et l’aéronautique.

L’agriculture n’est pas épargnée. Les chaînes d’approvisionnement en engrais sont vulnérables, le gaz étant un intrant essentiel. Le Moyen‑Orient produit environ 25 % du soufre mondial, 23 % de l’urée, du DAP et de l’ammoniac anhydre. Environ un tiers du commerce maritime d’engrais transite par le détroit. Les perturbations touchant les installations de GNL et les routes maritimes ont déjà entraîné une hausse des prix des engrais, le soufre étant désormais en pénurie. De nombreuses économies asiatiques, comme la Chine, l’Inde, la Thaïlande, les Philippines, le Vietnam, le Pakistan ou le Sri Lanka, dépendent fortement des exportations du Golfe et se trouvent confrontées à ce resserrement à un moment délicat, alors que commencent les semis dans les principales régions productrices de riz et de maïs.

Au‑delà de l’agriculture, l’acide sulfurique, indispensable au traitement du cuivre, du nickel et d’autres métaux destinés aux batteries, est également touché. Une interruption prolongée du trafic dans le détroit d’Ormuz risquerait de resserrer à la fois les chaînes d’approvisionnement en engrais et en métaux pour batteries, ajoutant une pression supplémentaire sur les marchés des matières premières.

Surveillance et adaptation

Au final, l’impact sur l’économie mondiale et les marchés financiers dépendra de la durée et de l’intensité du conflit. Malgré l’incertitude, nous poursuivons nos opérations normalement au Moyen‑Orient, afin d’assurer la couverture et le soutien de nos Clients et Partenaires. Nous surveillons l’évolution du risque lié aux lignes de crédit commercial de nos Assurés dans la région, suivons de près les développements et recueillons des informations auprès de multiples sources pour garantir des réponses précises et adaptées au contexte.

Pour renforcer votre stratégie en matière de credit management, contactez-nous pour garder une longueur d'avance !

Résumé
  • Malgré un climat d’incertitude en évolution, la plupart des économies et des secteurs restent en mesure d’absorber un choc temporaire. Le véritable risque réside dans la durée : plus la perturbation se prolonge, plus la pression s’intensifie sur la croissance mondiale, les secteurs clés et les chaînes d’approvisionnement en matières premières.
Contenus associés