Vue d'ensemble mondiale
Des taux de croissance solides, mais la pénurie de puces mémoire pèse sur les chaînes d’approvisionnement
Nous anticipons une croissance de la production du secteur électronique et des TIC de 10,3 % en 2026, puis de 6,5 % en 2027, après une progression de 10,2 % en 2025.

Les ventes mondiales de semi‑conducteurs devraient progresser de 18,8 % cette année, après une hausse de 22,8 % en 2025, principalement portée par les puces logiques et mémoires de dernière génération destinées aux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. La vigueur des investissements technologiques est particulièrement marquée aux États‑Unis, avec des retombées positives qui s’étendent à l’Asie de l’Est.
À mesure que les fabricants de semi‑conducteurs réorientent leurs capacités de production vers des puces avancées pour l’IA, offrant des marges plus élevées, la capacité mondiale de production de puces mémoire traditionnelles se réduit. Cette pénurie, combinée à la hausse des prix, pénalise les acheteurs de ces composants, notamment les fabricants de smartphones, d’ordinateurs, de produits électroniques grand public, de matériels électriques et les constructeurs automobiles.
“Le passage des fabricants de puces à des puces IA à forte marge réduit l'offre traditionnelle de puces mémoire, entraînant des pénuries et des hausses de prix dans tous les secteurs acheteurs, tels que les fabricants d'ordinateurs et d'appareils électroniques grand public.”
Les producteurs de ces secteurs peuvent encore se procurer des puces mémoire à condition d’en accepter le coût élevé, mais ils se trouvent en concurrence avec les grandes entreprises technologiques investissant massivement dans l’intelligence artificielle, qui disposent généralement de ressources financières supérieures. Ils devront donc soit répercuter la hausse des coûts des puces mémoire sur les prix de vente, au risque d’un ralentissement de la demande, soit absorber ces surcoûts dans leurs marges. Le scénario le plus probable repose sur une combinaison de ces deux ajustements.
Il existe un risque potentiel que la forte baisse de confiance dans les avantages futurs de l’intelligence artificielle pourrait mettre fin abruptement à la dynamique actuelle d’investissements, provoquant l’éclatement d’une bulle liée à l’IA. Dans un tel scénario, les valeurs technologiques américaines pourraient reculer d’environ 25 %, avec un impact marqué sur les entreprises et les économies technologiques aux États‑Unis et en Asie.
Les droits de douane généralisés sur les produits électroniques instaurés dans le cadre de la section 232 aux États‑Unis, sans exemptions, demeurent un risque défavorable. Ils pourraient constituer un frein aux exportations électroniques asiatiques vers le marché américain.
États‑Unis
Le boom de l’IA continue de soutenir une croissance robuste
Nous anticipons une croissance de la production américaine du secteur électronique et des TIC de 7,4 % en 2026, suivie d’une progression de 6,2 % en 2027. Les composants électroniques et cartes de circuits, qui incluent les semi‑conducteurs, continueront de soutenir la croissance globale, portés par la forte demande liée à l’IA et par la volonté des autorités américaines de relocaliser la production de composants stratégiques.
Par ailleurs, les solutions de cloud computing et de stockage, le traitement automatisé des données et les solutions de cybersécurité, telles que les services de colocation, deviennent des priorités croissantes pour les entreprises.
La production du segment des composants électroniques et des cartes électroniques est attendue en hausse de 12,3 % en 2026, après une progression de 14,7 % en 2025. Les puces Blackwell de Nvidia, les plus avancées du groupe pour l’IA de nouvelle génération, ont démarré leur production nationale dans l’usine TSMC de l’Arizona en octobre 2025. Les capacités de production de semi‑conducteurs aux États‑Unis devraient continuer de s’accroître au cours des prochaines années, sous l’effet des investissements élevés des principaux acteurs. L’investissement total de TSMC aux États‑Unis devrait atteindre 165 milliards de dollars, tandis que Samsung Electronics et SK Hynix renforcent également fortement leur présence industrielle sur le territoire.
Malgré un risque de surévaluation du marché de l’IA illustré notamment par le recours croissant au financement par endettement, les bilans des entreprises technologiques restent globalement solides, avec des risques systémiques limités.
La production de matériels informatiques et de bureautique a progressé de 13,6 % en 2025, portée par un cycle de renouvellement des équipements acquis pendant la pandémie. La croissance devrait ralentir en 2026, tout en demeurant soutenue à 4,9 %.
La production américaine d’équipements de télécommunications a fortement augmenté ces dernières années, grâce aux investissements dans les infrastructures haut débit et les réseaux mobiles 5G. Après une hausse de 16,1 % en 2024, la croissance s’est modérée à 5,5 % en 2025. Pour 2026, une progression de 5,7 % est attendue.
En dehors du segment des semi‑conducteurs, une véritable relance de la production électronique aux États‑Unis ne serait possible qu’au prix d’efforts importants de requalification et de formation de la main‑d’œuvre nationale, un processus long et coûteux, ou via le recours à une main‑d’œuvre à moindre coût à l’étranger.
Chine
La production de semi‑conducteurs soutient des taux de croissance à deux chiffres
Nous prévoyons une hausse de la production chinoise d’électronique et d’informatique de 17,7 % en 2026, après une progression de 12,0 % en 2025. La production de composants électroniques et cartes, incluant les semi‑conducteurs, devrait augmenter de 28 % cette année.
À la suite de l’assouplissement récent des contrôles américains sur les exportations de puces, la Chine a ouvert une enquête visant l’entreprise américaine Nvidia, invoquant des risques pour la sécurité nationale. Cette situation favorise les acteurs locaux, qui gagnent des parts de marché et stimulent la production domestique.
Le secteur des hautes technologies constitue un pilier central de la stratégie industrielle ciblée du gouvernement chinois, avec environ 150 milliards de dollars de subventions accordées au cours des dix dernières années. Pékin souligne de longue date l’importance de l’autosuffisance en matière de production de puces et encourage les investissements nationaux dans les technologies (IA, centres de données, big data, etc.). Ces efforts se sont intensifiés depuis octobre 2022, date à laquelle les États‑Unis ont instauré des sanctions sur les exportations de technologies avancées vers la Chine.
La Chine étend désormais sa chaîne d’approvisionnement, non seulement dans la fabrication de puces, mais aussi dans les équipements, les matériaux et la conception. Malgré un retard technologique dans la production de puces de pointe, le pays progresse néanmoins dans la chaîne de valeur des semi‑conducteurs.
Toutefois, malgré ces avancées, des défis importants subsistent. La Chine reste confrontée à des écarts technologiques et à une dépendance vis‑à‑vis d’équipements étrangers, en particulier pour la production de puces haut de gamme. Ces contraintes pourraient ralentir le rythme des progrès, et l’atteinte d’une autosuffisance complète dans les semi‑conducteurs avancés restera un processus complexe et de long terme.
Japon
Expansion des capacités de production de semi‑conducteurs
Le Japon a opéré un virage structurel en s’éloignant de la production de biens à faible valeur ajoutée, tels que l’électronique grand public, pour investir dans l’extension de ses capacités de production de puces. La production japonaise de composants électroniques et cartes devrait progresser de 4,6 % en 2026, soutenue par la demande liée à l’IA pour des composants tels que les condensateurs et résistances.
Le gouvernement a alloué des financements significatifs à Rapidus afin de soutenir la production de puces par un acteur national. Toutefois, l’entreprise peine à attirer des investisseurs privés et reste en retard par rapport aux leaders mondiaux comme TSMC dans la production de puces haut de gamme. Rapidus pourrait néanmoins sécuriser des clients dans le cadre de stratégies de diversification des chaînes d’approvisionnement, sans pour autant devenir un concurrent majeur à l’échelle mondiale.
Corée du Sud
Un acteur majeur des semi‑conducteurs avancés
La Corée du Sud est spécialisée dans les puces mémoire, ce qui lui permet de bénéficier pleinement de la demande émanant des centres de données dédiés à l’IA. Deux des principaux producteurs mondiaux, SK Hynix et Samsung Electronics, sont particulièrement bien positionnés pour capter cette dynamique.
La production de composants électroniques et cartes devrait progresser de 7,6 % en 2026, après une hausse de 12,6 % en 2025. La demande en mémoires à large bande passante demeure élevée, et les capacités de production pour 2026 auraient déjà été entièrement réservées.
Si une partie de la production sera transférée vers les États‑Unis afin d’éviter les droits de douane, les investissements domestiques soutenus garantiront le maintien du rôle central de la Corée du Sud sur le marché mondial. L’engagement des pouvoirs publics, notamment via des programmes de formation en conception de puces, renforcera les atouts technologiques existants.
Taïwan
Une croissance sectorielle à deux chiffres
Après une hausse exceptionnelle de 27,7 % de la production, la croissance du secteur électronique et des TIC taïwanais devrait rester à deux chiffres cette année. La demande soutenue en puces d’IA de pointe continue de soutenir fortement la production, tandis que les commandes à l’exportation demeurent robustes.
TSMC, premier fondeur mondial, dispose d’une quasi‑position dominante sur les puces haut de gamme. Face au risque de droits de douane américains, le groupe a décidé d’investir massivement aux États‑Unis et d’y construire plusieurs nouvelles usines. Néanmoins, l’essentiel de la production de puces avancées devrait rester localisé à Taïwan.
Asie du Sud-Est
Une part croissante dans la production mondiale d’électronique et de TIC
Les pays d’Asie du Sud‑Est renforcent progressivement leur rôle au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales de l’électronique et des TIC et captent une part croissante de la production mondiale. Les exportateurs chinois sont incités à rediriger leurs flux commerciaux ou à délocaliser leur production vers des pays tiers en raison des droits de douane américains, tandis que le risque d’une nouvelle escalade des tensions commerciales demeure.
À mesure que la Chine monte en gamme dans la chaîne de valeur, les pays de l’ASEAN, bénéficiant de coûts de main‑d’œuvre plus faibles, attirent davantage d’activités électroniques et TIC. Même en l’absence d’arbitrage tarifaire, la Chine ferait face à une concurrence croissante de l’Asie du Sud‑Est, dans un contexte de pressions accrues sur les coûts domestiques.
“Alors que la Chine gravit les échelons de la chaîne de valeur et fait face à une augmentation des coûts, l'Asie du Sud-Est gagne une part plus importante de la fabrication mondiale de produits électroniques.”
Indonésie
Le secteur indonésien des TIC connaît une croissance soutenue, portée par l’assemblage électronique, la modernisation des équipements de télécommunications liés à la 5G et le développement des infrastructures numériques. La demande croissante en services cloud et en électronique grand public renforce cette dynamique, tandis que la production de composants progresse progressivement. Soutenu par les investissements étrangers et les retombées régionales au sein de l’ASEAN, le secteur devrait afficher un taux de croissance annuel moyen compris entre 5 % et 6 % jusqu’en 2028, consolidant le rôle de l’Indonésie comme pôle compétitif au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales des TIC.
Malaisie
Nous anticipons une croissance de la production électronique malaisienne de 5,4 % en 2026. L’importance du pays dans la production de semi‑conducteurs s’est renforcée au cours des dernières années. Les initiatives gouvernementales, telles que la Stratégie nationale des semi‑conducteurs, combinées à une forte spécialisation dans les étapes aval de la production de puces, placent l’industrie électronique malaisienne dans une position favorable pour poursuivre sa croissance dans les années à venir. Dans un contexte où la production de semi‑conducteurs constitue un point de tension majeur dans les relations commerciales entre les États‑Unis et la Chine, la Malaisie est susceptible de bénéficier d’une relocalisation partielle des capacités de production hors de Chine.
Vietnam
Le Vietnam est également bien positionné pour capter la demande liée à la diversification des chaînes d’approvisionnement en dehors de la Chine. Le pays est étroitement intégré à la chaîne de valeur chinoise et pourrait bénéficier des retombées de la dynamique manufacturière tirée par les exportations chinoises. La croissance de la production électronique et TIC devrait s’accélérer à 10,4 % en 2026, après une hausse de 8,4 % en 2025.
L’assemblage électronique et la fabrication de composants ont fortement progressé au cours des quinze dernières années. Le pays monte progressivement en gamme vers la production de semi‑conducteurs et de circuits imprimés. Le Vietnam est un acteur majeur de l’électronique grand public, un secteur dont la production a été multipliée par plus de dix depuis 2010. Il est également le premier exportateur de produits électroniques vers les États‑Unis au sein de l’ASEAN, avec des exportations atteignant 59 milliards de dollars en 2024.
Europe
Une croissance plus modérée en 2026 en raison de la faiblesse de l’investissement industriel
Comparé aux performances observées en Asie‑Pacifique et aux États‑Unis, le secteur européen de l’électronique et des TIC continue de sous‑performer. Après une contraction de 0,8 % en 2024 et un rebond de 2,6 % en 2025, la production d’électronique et d’informatique dans l’Union européenne et au Royaume‑Uni ne devrait progresser que de 1,5 % en 2026.
La région n’est pas spécialisée dans la production de puces haut de gamme destinées à l’intelligence artificielle et ne connaît pas, à ce stade, de boom significatif des investissements dans l’IA. La stagnation des principales économies aura des répercussions sur la production sectorielle. Toutefois, en 2026, la production électronique devrait croître plus rapidement que la moyenne de l’industrie manufacturière régionale.
La demande sera soutenue par la digitalisation croissante, l’Internet des objets et la robotique. À plus long terme, l’augmentation des dépenses militaires dans la région devrait également contribuer à la croissance du secteur, en particulier en Allemagne, où l’évolution des règles budgétaires offre une marge de manœuvre accrue pour l’investissement.
Avec une progression de 3,9 %, le segment des composants électroniques et cartes de circuits devrait être le sous‑secteur le plus dynamique en 2026 et contribuer le plus à la croissance globale. La production européenne de semi‑conducteurs est principalement orientée vers les puces de puissance à usage industriel, ce qui rend le secteur sensible à la faiblesse de la conjoncture industrielle régionale.
Les perspectives d’investissement toujours limitées dans l’UE et au Royaume‑Uni continuent de peser sur la production d’équipements de précision et d’instruments optiques, un segment très capitalistique et le plus important du secteur électronique européen. La croissance de la production devrait ralentir à 0,8 % en 2026, contre 2,4 % en 2025, avant de se redresser à partir de 2027, à mesure que la reprise économique se consolidera.
Le Chips Act européen prévoit des investissements de 43 milliards d’euros dans la production locale de semi‑conducteurs et la recherche, avec pour objectif de réduire la dépendance aux importations asiatiques et d’atteindre 20 % de la production mondiale de puces d’ici 2030.
Toutefois, les estimations actuelles suggèrent que cet objectif de 20 % pourrait être difficile à atteindre, en raison de contraintes sur les aides publiques par rapport aux États‑Unis et de désavantages structurels par rapport à l’Asie de l’Est, notamment en termes de coûts d’exploitation et de main‑d’œuvre.
La spécialisation dans la production de puces à plus faible valeur ajoutée pourrait renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement. En revanche, l’absence de positionnement fort sur les puces de haute performance, devenues essentielles pour l’intelligence artificielle, pourrait pénaliser l’Europe face aux autres grandes régions dans la compétition technologique liée à l’IA.
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- Nous anticipons une croissance de la production du secteur électronique et des TIC de 10,3 % en 2026, puis de 6,5 % en 2027, après une progression de 10,2 % en 2025.
- Les ventes mondiales de semi-conducteurs devraient augmenter de 18,8 % en 2026, après une hausse de 22,8 % en 2025, principalement portée par les puces logiques avancées et les mémoires destinées aux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.
- Les capacités de production mondiales de puces mémoire traditionnelles diminuent, entraînant des tensions d’approvisionnement et des hausses de prix susceptibles d’affecter certains secteurs clients.
- L’application de droits de douane généralisés sur les produits électroniques au titre de la section 232 aux États-Unis, sans exemptions, constitue un risque baissier pour le secteur.
- Une dégradation marquée de la confiance dans les perspectives économiques de l’intelligence artificielle pourrait provoquer un arrêt brutal des investissements et conduire à l’éclatement de la bulle actuelle liée à l’IA.